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Art, design

Revivez le tchat avec Antonin Faure, designer graphique

publication : 19 mai 2016
Le design graphique est omniprésent dans notre société : affiches, identités des marques, édition, publicité... Ce métier vous attire ? Êtes-vous fait(e) pour ? Quelles études faut-il envisager ? Antonin Faure, designer graphique chez l'éditeur Gallimard Jeunesse, a répondu en direct à toutes vos questions mercredi 29 juin. Retrouvez l'intégralité des échanges.

Antonin Faure, designer graphique chez l'éditeur Gallimard Jeunesse, à Paris

>>>En savoir plus sur Antonin Faure

 

Modérateur : Nous accueillons aujourd'hui Antonin Faure, designer graphique. Il se tient prêt à répondre à vos questions sur son métier, son parcours, la formation à ce métier, etc. Bon tchat ! 

Antonin Faure : Bonjour, c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions ! 

ellle : Pourquoi avoir choisi CE métier ? 

Antonin Faure : Depuis toujours, je suis fasciné par le dessin, et je dessine.
J'ai toujours voulu faire un métier tourné vers l'illustration. Donc quand j'ai voulu m'orienter, le métier de l'édition a été pour moi une évidence, car le rapport à l'image est immédiat.
En même temps, ce métier est venu à moi, au terme d'un parcours. Initialement, je n'étais pas passionné par les livres, mais je le suis devenu en exerçant ce métier. Le lien, au départ, c'est l'image, l'illustration. 

lili : Travaillez-vous en équipe ? Êtes-vous dans une agence ou travaillez-vous pour le compte d'une entreprise ? 

Antonin Faure : Je travaille chez Gallimard Jeunesse, dans le service artistique qui est constitué de 8 graphistes. Chaque personne est responsable d'une collection, suivant des tranches d'âge.
Ma fonction est de travailler sur la création de couvertures pour les romans grand format ados (13-18 ans), mais aussi juniors (10-13) et cadets (8-10). 

Syl : C'est quoi, au juste, un designer graphique ? Quelles sont vos activités quotidiennes ? 

Antonin Faure : On parle plus de graphistes que de designers graphiques. Un graphiste doit créer une image qui soit visuellement en concordance avec le contenu, en imaginant un univers visuel qui soit le reflet du propos d'un livre.
Concernant mes activités au quotidien, quelques exemples : lire un texte, concevoir des crayonnés ou des maquettes un peu grossières pour faire valider des principes graphiques, finaliser des fichiers pour les envoyer en impression, appeler les illustrateurs pour passer commande d'illustrations ou leur demander des corrections sur leurs travaux, être le coordinateur entre les illustrateurs et les éditeurs.
Ce travail demande souvent beaucoup d'échanges de mails et d'appels téléphoniques. Il n'est pas rare que je passe une matinée entière au téléphone ! 

do : Est-ce que vous lisez le livre avant obligatoirement, ou vous arrive-t-il d'avoir l'idée sans l’avoir lu ? 

Antonin Faure : Je lis toujours le livre avant. Il m'est arrivé, pour un seul projet, de ne pas lire le livre, et je le regrette...
En effet, une critique du livre que j'ai lue disait que le livre était très bien, sauf la couverture... 

Laura S : Bonjour ! Quels sont vos outils de travail ? 

Antonin Faure : Un ordinateur avec grand écran (Mac OS X), une tablette graphique A3 avec stylet, et des logiciels, principalement Photoshop, InDesign et, plus ponctuellement, Illustrator. 

ellle : Combien d'années d'études ? Où ? 

isabelle : Bonjour, quel est votre parcours de formation ? Merci, Isabelle. 

Antonin Faure : J'ai eu un parcours très atypique. J'ai quitté le lycée après la seconde pour aller en CAP communication visuelle. Cela a duré deux ans. J'ai alors quitté le CAP, sur les conseils de mes professeurs, qui voyaient mes qualités d'illustrateur et m'ont poussé à aller dans une école post bac comme les Beaux-Arts de Paris.
J'ai été refusé deux fois au concours des Beaux-Arts. J'ai finalement intégré une école privée, l'Esat (École supérieure des arts et techniques), avec une année préparatoire puis la première année.
Grâce à l'Esat, j'ai fait des stages en entreprise. Parallèlement à mes études, je faisais des story-boards en tant qu'illustrateur free-lance pour la publicité et les courts-métrages.
J'ai alors quitté l'Esat avant la fin du cursus car j'ai intégré, à la suite d’un stage en entreprise, une agence de scénographie (conception d'expos).
J'y ai passé 5 ans. Ensuite, j'ai rejoint les éditions Gallimard Jeunesse après une candidature spontanée. 

Jean77 : Est-ce qu'il y a beaucoup de travail (de postes à pourvoir) dans votre secteur ?  

Antonin Faure : Il y a beaucoup de travail. L'engouement pour la littérature ne cesse de croître, malgré ce que l’on pourrait penser.
Les postes de CDI en entreprise, en revanche, sont beaucoup plus rares. 

Do : Prenez-vous des stagiaires ? 

Antonin Faure : Oui. Nous avons habituellement 2 ou 3 stagiaires chaque année (qui sont généralement déjà dans une école d'art). Ils viennent pour une période allant de 1 à 3 mois. 

isabelle : Avez-vous déjà travaillé en free-lance ? Quel est le statut le plus courant dans votre métier (salarié ou free-lance) ?  

Antonin Faure : J'ai débuté en étant free-lance en tant que story-boarder (roughman).
Les deux statuts sont très courants.
Actuellement, je travaille avec beaucoup de graphistes free-lance. Je présente leur travail aux éditeurs et je fais le retour auprès d'eux des remarques des éditeurs. 

Jérôme : Bonjour, en quoi consiste le concours des Beaux-Arts ? C'est dur ? Merci. 

Antonin Faure : Il faut d’abord déposer un dossier comprenant un certain nombre de planches de travaux personnels. C'est très libre. Je n'ai jamais passé cette étape, qui est très sélective. Si l'on est sélectionné, on passe ensuite des épreuves (dessin, rédaction, etc.) 

Mike : Est-ce que vous embauchez vos stagiaires, parfois, à la fin de leur stage ? 

Antonin Faure : C'est très rare, mais à l'issue d'un stage qui se passe très bien, on peut être amené à recontacter le stagiaire. Cependant, on exige généralement une expérience professionnelle plus importante. Je vous encourage donc à faire un maximum de stages et d’accumuler de l'expérience. 

Doprian17 : Quelles qualités faut-il avoir pour exercer votre métier ? 

ellle : Quelles sont les qualités requises ? 

Antonin Faure : Être à l'écoute et bien comprendre la demande (qui peut venir parfois de plusieurs personnes), être curieux et enrichir sa culture graphique, voir des expos...
Il faut aussi savoir accepter les critiques et la remise en question. Et être capable de faire et ensuite de défaire ce que l'on a créé.
Mon métier, c'est aussi de savoir être diplomate et stratège, pour faire en sorte que les illustrateurs adoptent des idées qui ne sont pas forcément les leurs au départ, et à l'inverse de se montrer persuasif avec les éditeurs. 

Mike : Allez-vous à la rencontre des ados pour savoir ce qu'ils aiment ?  

Antonin Faure : Je suis très curieux des réactions du public aux livres. Je ne vais pas, à proprement parler, à la rencontre des ados, mais je saisis toutes les occasions de contacts avec le public, comme le Salon du livre jeunesse de Montreuil, par exemple. 

NDuval : Avec quels autres métiers et personnes interagissez-vous dans votre travail ? 

Antonin Faure : Gallimard Jeunesse est divisé en plusieurs départements, avec des corps de métiers très variés qui couvrent toute la chaîne de création et fabrication d'un livre : les éditeurs, les fabricants, la presse, et bien sûr les illustrateurs et les auteurs. 

Dam's : La presse papier semble être en crise, comparativement au web, est-ce qu’il ne vaut pas mieux se tourner vers le numérique ? 

Antonin Faure : Le chiffre d'affaires de Gallimard Jeunesse en numérique représente 1 % des ventes. C'est donc encore très faible. En France, plus qu'aux États-Unis par exemple, le public reste encore attaché au format papier. 

Juju : Qu'est-ce qui vous plaît le plus et qu'est-ce qui vous déplaît dans votre travail ? 

lili : Que préférez-vous dans votre métier ? 

Antonin Faure : Ce que je préfère, c'est l'illustration, qui reste ma passion. J’aime aussi les contacts avec les auteurs et illustrateurs. C’est quelque chose de fascinant et d'enrichissant, car j'ai la chance de côtoyer des grands noms du métier d'aujourd'hui et d'hier.
La partie plus négative, c'est le côté très grosse entreprise, qui fait parfois peser sur nous une pression excessive : nous devons produire parfois des maquettes dans des délais très courts, et avec des chartes graphiques très contraignantes. 

Franky93 : Est-ce que vos études étaient dures ? Est-ce difficile de trouver des stages ? Et les stages sont-ils rémunérés ? 

Antonin Faure : Pour les deux premières questions, je pense avoir déjà répondu plus haut.
Parfois, on donne une rémunération au stagiaire, mais je n'ai pas de souvenir précis. Cela varie selon le temps passé dans l'entreprise. 

Mag : Est-ce que vous n'en avez pas marre de lire uniquement des livres jeunesse ? 

Antonin Faure : En fait, je ne vois pas vraiment de frontière entre la littérature jeunesse et adulte. Et si la frontière est trop nette, en général cela me plaît moins. 

Jolan : Bonjour. Quelles sont les possibilités d'évolution dans votre métier ? Merci.  

Antonin Faure : Je suis entré par la « petite porte » chez Gallimard Jeunesse. Je ne m'occupais au départ que de la PLV (présentation sur lieu de vente), c'est-à-dire les présentoirs en librairie, etc.
Peu à peu, j'ai apporté mon expérience de roughman sur certaines couvertures, en proposant des esquisses, et on m'a confié ponctuellement des projets de couvertures, au point que j'ai fini par ne plus faire que ça.
Ensuite, j'ai eu l'opportunité de coordonner d'autres illustrateurs avec les éditeurs, ce qui est mon occupation actuelle. 

Anne_H : Bonjour. Est-ce qu'il y a de bonnes formations dans le secteur public pour devenir graphiste ? J'ai l'impression que ce sont surtout des écoles privées. Merci. 

haycraft : Est-ce que vous savez s'il y a de bonnes formations dans le secteur public ? 

Antonin Faure : Il existe 4 grandes écoles nationales qui sont, à Paris, Boulle, Duperré, Estienne, Olivier de Serres. Il y a aussi les Arts Déco, de Paris ou de Strasbourg, entre autres.
Nous avons des stagiaires qui viennent d'Émile-Cohl, à Lyon. Et aussi, actuellement, une stagiaire qui vient de l'EPSAA.
Plus d'infos.

DarckAngel69 : Quel est le salaire minimum ??? 

Karelle : Vous gagnez combien ?  

Antonin Faure : Ma rémunération est de 2 100 euros net, et les rémunérations commencent à 1 600 euros. 

Egrildane : Bonjour. Je suis en reconversion professionnelle et je m'intéresse au métier, et au numérique. Je souhaiterais faire de la création de sites, donc devenir webdesigner. Est-ce qu'il y a une différence avec votre emploi et quelles sont réellement les facultés qu'il faut posséder pour pouvoir travailler dans ce domaine ? 

Antonin Faure : La différence fondamentale se situe au niveau du support, papier ou informatique.
Les contraintes web ne sont pas du tout les mêmes que celles d'un imprimeur.
Le rapport au papier est beaucoup plus important pour un graphiste. 

Modérateur : Nous prenons les dernières questions... 

Jean77 : Si vous deviez changer de boîte, ou vous verriez-vous ? Quelles sont vos ambitions ? Votre métier vous plaît-il tous les jours ? 

Antonin Faure : J'aimerais beaucoup publier mes propres albums, donc me tourner plus vers l'illustration. En même temps, je ne voudrais pas quitter ce rapport avec les auteurs et les illustrateurs. Donc, peut-être travailler dans un atelier avec d'autres artistes… 

Modérateur : Le tchat se termine. Antonin, le mot de la fin ? 

Antonin Faure : Merci à tous pour vos questions. Pour être épanoui dans son travail, le mieux est d'aller vers ce qu'on aime. Je vous conseille d'aller chercher en vous ce qui vous plaît, et de trouver un métier où la part de l'humain est importante, et d’équilibrer cela avec les contraintes d'une entreprise.
De ce point de vue, le milieu de l'édition est très enrichissant. Chaque livre est différent, c'est comme autant de mondes que l'on explore. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière, je suis heureux de travailler dans ce domaine, car ça change tout le temps ! 

Modérateur : Merci à tous de votre participation et merci à Antonin pour ses réponses. Nous vous souhaitons un agréable après-midi. 

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