Onisep.fr, l'info nationale et régionale sur les métiers et les formations

Les jeunes aidants : une préoccupation récente

publication : 18 septembre 2017
Sujet encore méconnu des professionnels et du grand public, des enfants sont en situation d'aidant. Auprès d'un parent seul, malade ou handicapé, ils doivent concilier scolarité et vie d'aidant. Les méthodes de repérage des situations et d'accompagnement de ces jeunes restent encore à définir. Rencontre avec Sébastien Coraboeuf, chargé de mission formation des aidants à l'Association française des aidants.

Jeune aidant une personne âgée en fauteuil roulant

Des jeunes de moins de 25 ans aident régulièrement un proche malade, en situation de handicap ou de dépendance. "Si les adolescents et les jeunes adultes semblent les plus nombreux, il ne faut pas minimiser le nombre d'enfants mis à contribution dans une relation d'aide dans la vie quotidienne."

Un public méconnu

On observe que les tâches augmentent avec l'âge des jeunes et qu'ils ont parfois de grandes responsabilités. Ils effectuent des tâches diverses : nursing, soins, accompagnement dans les trajets, démarches administratives, communication, activités domestiques, coordination, vigilance permanente, soutien psychologique. "Cela peut commencer très jeune, dès 4 ans, par exemple cet enfant qui monte sur un tabouret pour lancer la machine à laver car sa mère en fauteuil roulant ne peut pas atteindre le bouton."

Quelles conséquences ?

Il est souvent difficile pour eux de concilier leur vie personnelle, sociale et scolaire avec leur vie d'aidant. Sentiment d'une vie différente des autres, peur, angoisse de la maladie grave et du handicap, autant d'effets négatifs qui peuvent entraîner isolement, repli sur soi, harcèlement, stress, échec scolaire ou difficultés d'insertion professionnelle. En revanche, on constate aussi des effets positifs : plus grande maturité, fierté d'aider son proche, empathie plus développée, relation privilégiée avec son parent.

Un risque de décrochage plus élevé

Selon les études réalisées dans d'autres pays européens, un jeune aidant sur deux serait en situation de décrochage scolaire. Concernant les études supérieures, on observe des réalités très diverses : choix du lieu d'études à proximité du lieu d'habitation du proche aidé, arrêt des études pour s'occuper du proche ou aider le foyer. Cette situation d'aidant influence fortement le choix de leur métier. Un grand nombre s'orientent vers les métiers du sanitaire, du social ou du médico-social.

Comment sont-ils repérés ?

L'infirmière scolaire, l'assistante sociale et les personnels de la vie scolaire sont souvent les premiers informés dans les établissements d'enseignement secondaire. Les jeunes ont souvent la crainte d'être stigmatisés ou de faire l'objet d'une mesure de placement. "Ils deviennent alors "experts" pour échapper à tous les radars. La question du repérage est centrale qu'elle soit dans l'environnement scolaire ou en dehors. Si de nombreuses situations sont repérées grâce aux professionnels, il n'y a pas à ce jour de procédure de repérage automatique." Une piste envisagée dans l'avenir pourrait faire intervenir le médecin scolaire notamment à l'occasion de ses rencontres avec le jeune. L'accompagnement vise surtout à décharger le jeune de certaines tâches de la vie quotidienne. "Cela peut être aussi une organisation mise en place au sein des classes pour que l'élève puisse rattraper plus facilement les cours manqués pour accompagner son proche à un rendez-vous médical par exemple."

Vers une reconnaissance

Outre le secteur de l'aide à domicile, du soin et de l'accompagnement, ce domaine fait intervenir beaucoup d'organismes : éducation nationale, instances publiques (ministère des sports et de la jeunesse, départements, communes, écoles primaires...), associations, justice (éducateurs PJJ, juges...), prévention spécialisée (handicap, conduite à risques, addictions, psychiatrie...). Des initiatives locales sont menées par des associations, des recherches et des groupes de parole sur les fratries sont mises en place. Mieux connaître ces jeunes et leurs besoins est essentiel afin d'agir en leur faveur auprès des pouvoirs publics, les faire connaître au grand public, former les professionnels ou mener des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires.

©  Association Jade

L'association Jeunes aidants ensemble (JADE) dont l'Association française des aidants est partenaire, propose des ateliers cinéma-répit à ces jeunes. Créés par les jeunes aidants eux-mêmes au cours d'ateliers, des courts métrages leur permettent d'exprimer ce qu'ils vivent au quotidien. Dans ces films, ils racontent leur histoire, la maladie d'un parent, d'un frère ou d'une soeur, leurs difficultés vis-à-vis de leur entourage : camarades de classe, amis, voisins...

 

Enregistrer

Imprimer

Haut de page

Vient de paraître

Pour
les professionnels