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Comment parler des métiers aux jeunes ?

Picardie - Amiens / publication : 22 novembre 2016
Montrer la différence entre travail prescrit et travail réel est l'une des démarches possibles pour atteindre les objectifs du parcours Avenir. Or, parler des métiers aux jeunes ne va pas de soi. Pour travailler avec des élèves sur ce que fait réellement le ou la professionnel.le, il faut mettre en œuvre des activités pédagogiques.

Visuel Comment parler des métiers

Comprendre le travail, c'est compliqué !

Les activités professionnelles sont de moins en moins lisibles et pour un certain nombre de jeunes, l'expérience familiale fait défaut. Faire comprendre à des élèves ce que recouvre le fait de travailler, et donc d'exercer un métier, n'est pas facile. Régis Ouvrier-Bonnaz pose la question suivante : "L'enjeu est-il bien de parler des métiers aux élèves, ou de faire en sorte que les métiers puissent parler et que les élèves puissent faire quelque chose de cette expression des professionnels ?".

Distinguer la tâche de l’activité

Pour comprendre le travail, il faut opérer une distinction entre travail prescrit et travail réel. Il faut distinguer la tâche (ce qui est à faire, la prescription, c'est le travail vu de l'extérieur), de l'activité (ce qui se fait, c'est le travail vu de l'intérieur). Pour le psychologue du travail Yves Clot, le travail réalisé n'est qu'une partie du travail réel. Le réel de l'activité recouvre ce qui se fait mais aussi ce qui n'est pas fait, ce que l'on voudrait faire, ce qui est à refaire… C'est l'écart entre la manière dont la personne réalise le travail par rapport à ce qui lui a été prescrit.

Il ne suffit pas de poser la "bonne question" pour obtenir une réponse

Le métier étant essentiellement fait de routines, les compétences sont incorporées aux pratiques et, souvent, les gestes professionnels demeurent invisibles hormis aux pairs qui exercent le même métier. L'expérience d'un professionnel n'est pas directement accessible dans son discours. Quand on demande à un professionnel ce qu'il fait, la plupart du temps, il répond ce qu'il doit faire (le prescrit, la tâche) et non ce qu'il fait (le réel, l'activité). Le professionnel ne sait pas bien dire ce qu'il fait et il ne suffit pas de poser la "bonne question" pour obtenir une réponse.

Mettre en œuvre des activités pédagogiques

Une fiche métier parle de la tâche, pas de l'activité. Si on veut travailler avec des élèves sur l'activité, sur ce que fait réellement le professionnel, il faut mettre en œuvre des activités pédagogiques. Pour autant, on ne va pas exclure toute investigation sur les critères qui définissent de manière formelle un métier. C'est l'existence d'un prescrit qui permet de débusquer et d'interroger l'activité réelle.

Des exemples d'exploitation de la séquence d'observation en entreprise

Pour comprendre le réel d'une activité, les spécialistes du travail utilisent des méthodes indirectes que l'on peut utiliser en milieu scolaire. Voici deux exemples de consignes que l'on peut donner aux élèves qui sont de retour de stage.

- "Si j’avais été à côté de vous la semaine dernière, pendant que vous étiez en stage, mercredi de 8h à 9h, qu'est-ce que je vous aurais vu faire ?"

- "Rédigez une fiche de poste pour un autre élève qui conduira une activité précise que vous avez eu à faire et qu'il devra faire s'il fait son stage dans la même entreprise". Cette fiche doit porter sur une activité précise clairement identifiée de façon à éviter de rester dans les généralités. Cette fiche est distribuée aux élèves de la classe, qui vont demander des précisions et compléter la fiche pour la rendre plus opérationnelle.

- Une autre manière de procéder consiste à demander aux élèves de prendre des photos de gestes ou de situation de travail et de demander aux professionnels de les commenter. On peut aussi faire venir un professionnel en classe et lui demander de commenter une vidéo montrant un professionnel exerçant le même métier.

Trois approches différentes pour appréhender le travail

Régis Ouvrier-Bonnaz et Alain Crindal (1) ont bâti un dispositif didactique sur la connaissance du travail et des métiers. Ce dispositif est notamment bâti sur trois registres d'appropriation des connaissances et sur une méthode pour analyser des activités professionnelles.

Il s'agit de révéler les connaissances et les compétences qui sont incorporées aux activités des professionnels en combinant trois registres :

Le registre informatif, est caractérisé par l'accès aux sources d'information propres au domaine considéré. En terme d'activité de classe, on peut demander aux élèves d'aller chercher des informations présentant le métier vu de l'extérieur (le prescrit, la tâche), à partir d'une fiche-métier, pour élaborer une grille d'interview, par exemple.

Avant de partir à la découverte d'un métier, il faut partir des représentations qu'en ont les élèves car une représentation peut former obstacle à toute nouvelle connaissance. Si les élèves apprennent à utiliser des outils susceptibles de guider leurs observations, alors ils élargissent leur recueil d'observations ( lire l'article sur "Les représentations des métiers").

Pour mettre en œuvre le registre compréhensif, les élèves doivent être dotés de critères d'analyse.

En termes d'activité de classe, il peut s'agir de renseigner une grille d'analyse de poste, conçue pour limiter l'observation tout en la rendant opératoire. Il s'agit de guider le regard et l'écoute de l'élève.

Cette grille peut servir à décrypter une vidéo métier que l'on passera avec et sans le son. (voir ci-dessous : une méthode d'analyse des activités professionnelles).

Le registre constructif vise à reconnaître la part du travail prescrit dans le discours formel et à reconstruire le sens que chacun donne à son métier. (voir ci-dessous : une méthode d'analyse des activités professionnelles).

Les savoirs construits seront réutilisables dans les activités d'enseignement ou d'orientations, quels que soient le contexte et l'objet d'études.

Une méthode pour analyser des activités professionnelles

Le travail peut être analysé suivant trois axes de lecture, qui permettent de décomposer la réalité pour en reconstruire la complexité.

1/ Comment le travail est-il réalisé ?

Les questions qui suivent portent sur les pratiques.

  • Quelles sont les opérations réalisées : gestes techniques, outils, machines, façons de faire particulières… ?
  • Quelle organisation du travail : la répartition du travail dans le temps et l'espace, l'entourage professionnel (collègues, clients, fournisseurs, hiérarchie…) ?
  • Quels lieux d'exercice ?

2/ Sur quoi porte l'activité professionnelle ?

Les questions qui suivent portent sur les objets du travail.

  • Sur quoi s'appuie le professionnel pour prévoir ce qu'il a à faire (une idée en tête, une commande, un cahier des charges, un projet...) ?
  • Sur quelle matière, matériau et/ou information agit-il ?
  • Il élabore quoi, il développe quoi, il transforme quoi, il traite quoi ?

3/ Pourquoi ce professionnel travaille-t-il ainsi ?

Les questions qui suivent portent sur le sens que les personnes donnent à leur métier.

  • Qu'est-ce qui organise (oriente, pilote, aiguille,...) son activité ? Y a-t-il des contraintes, des règles à suivre, à quoi doivent-ils faire attention ?
  • Est-ce qu'il y a des activités que chacun peut faire à sa façon suivant son style personnel ?
  • Qu'est-ce qui motive le professionnel et ses collègues à faire ce métier ?
  • Le but de la personne ou de l'équipe c'est d'obtenir quoi ?

Ces questions sont à adapter au métier et à l'activité rencontrée. Si les élèves travaillent à partir d'une vidéo, cela implique de l'avoir étudiée au préalable.

(1) CRINDAL Alain, OUVRIER-BONNAZ Régis, la découverte professionnelle, guide pour les enseignants, les conseillers d'orientation-psychologues et les formateurs, Delagrave pédagogie et formation, 2006.

 

 

Autour du métier de conducteur de train : un exemple d'actions

Les activités présentées ici et conduites avec une classe de troisième peuvent s'inscrire dans le cadre du parcours Avenir et du parcours citoyen.

Train

1re étape : préparer la venue dans la classe d'un conducteur de train

On donne aux élèves la consigne suivante : "décrivez la journée d'un conducteur de train". Les éléments manquants sont identifiés et relevés. Les élèves complètent leur description de la journée du conducteur avec des documents du type fiche-métier. Cette activité relève du registre informatif.

2e étape : les élèves travaillent à partir du récit d’un "accident de personne" par un conducteur (une personne est descendue sur la voie et est happée par le train). Ils doivent répondre par écrit à la consigne suivante : "Que nous apprend ce récit…". Les élèves visionnent également un film montrant des conducteurs en situation de conduite et discutant entre eux de la façon dont ils s'y prennent pour freiner. Lors de la visite en classe du professionnel, la prise de risque inhérente au métier peut alors être mise en débat et discutée à partir du geste technique de freinage.

Ces activités combinent les registres informatif et compréhensif.

3e étape : organisation d'un débat sur la prise de risque à l'adolescence

Les élèves doivent endosser le rôle de professionnels choisis en fonction de leur plus ou moins grande familiarité avec la notion de risque : inspecteur.trice de police, juge pour enfants, statisticien.ne, éducateur ou éducatrice sportive. Chaque élève, en fonction du professionnel dont il va endosser le rôle, doit construire un argumentaire pour débattre de la question "Les adolescents sont-ils plus nombreux que les adultes à prendre des risques ?". L'objectif est de permettre aux élèves d'approcher ce qui pousse un professionnel, quel que soit le métier exercé, à agir : ses manières de faire et les raisons qu'il se donne pour agir.

Ces activités relèvent du registre constructif.

Source : "L’information sur les métiers et les formations en milieu scolaire, une question didactique ?", Régis Ouvrier-Bonnaz, in L'orientation scolaire et professionnelle, 37/2, 2008.

 

Séquence pédagogique

Cité orientée

Publics : élèves de collège et de lycée

Au fil de sa visite interactive de la cité, l'internaute rencontre des habitants et des habitantes qui testent leur projet de métiers pendant un stage. Cité orientée propose également des fiches sur les métiers et sur les secteurs d'activités professionnelles. La séquence sur le métier de pâtissière permet d'enrichir les représentations des élèves et leur fournit des outils pour décrypter une vidéo métier.

 

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