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Egalité filles-garçons : l’actualité des filières

De la mixité dans les métiers de la petite enfance !

Ile-de-France - Créteil Paris Versailles / publication : 10 février 2016
Mike Marchal est responsable de formation à l’Ecole de formation psycho pédagogique (EFPP), qui forme des éducateurs de jeunes enfants et des éducateurs spécialisés, à Paris. Après un parcours professionnel d'une vingtaine d'années au service des tout-petits, il appelle à une nécessaire mixité dans les métiers de la petite enfance. L’association qu’il a fondé, l’AMEPE, réunit un réseau de professionnels autour de cette idée. Il répond à nos questions.

Mike Marchal

Comment avez-vous choisi d’être éducateur de jeunes enfants ?

Après le bac, je m’étais inscrit en architecture. Je me suis vite aperçu que je ne possédais pas un sens de la compétition suffisamment développé pour réussir dans ces études et dans cette profession. Je me suis tourné vers la socio, les lettres modernes… Un peu en dilettante, car je faisais du théâtre, je m'investissais dans beaucoup d’activités extérieures. Au moment d’effectuer mon service militaire - obligatoire, à l’époque - je n’avais rien validé. J’avais besoin de concret. J’ai fait mon service civil dans une crèche parentale associative. Cette expérience m’a beaucoup apporté, elle m’a transformé. Intégré à l’équipe, je me sentais utile, en lien avec les autres, dans quelque chose d’authentique… J’ai compris à quel point cela comptait pour moi. J’ai commencé ma formation d’éducateur de jeunes enfants juste après.

Quel a été votre parcours après cette formation ?

J’ai d’abord travaillé en crèche collective, puis surtout en crèche familiale. J’étais systématiquement le seul éducateur de jeunes enfants et… le seul homme. Au quotidien, cela signifie d’assumer doublement sa minorité au sein de l’équipe :

  • en défendant une singularité d’approche "éducative", au milieu de personnels formés aux "soins", sur un axe "santé" ;
  • en surmontant aussi l’inconfort qu’il peut y avoir, parfois, à être le seul homme, parmi des femmes.

Ensuite, j’ai dirigé une halte-garderie, avant de devenir formateur, responsable de formation, depuis trois ans.

Quelles réactions avez-vous rencontrées dans ce milieu presqu’exclusivement féminin ?

Toutes sortes de réactions. Positives, heureusement… notamment de la part des parents, et tout particulièrement, de certains pères, qui voyaient dans ma présence, une sorte de reconnaissance de leur propre rôle dans l’éducation de leurs enfants. Ils appréciaient de pouvoir échanger avec un autre homme, sans être tenu pour quantité négligeable. Les retours positifs des enfants, bien sûr et des collègues, au sein des équipes. Mais, j’ai souvent aussi été confronté à des réactions plus ou moins négatives, suspicieuses, toujours organisées autour de stéréotypes qui contestent la légitimité des hommes à s’occuper d’enfants... Même lorsqu'il s'agit de professionnels, formés et compétents ! On veut bien des hommes comme professeurs des écoles, mais ça s'arrête là !

Certaines personnes de l’équipe pouvaient considérer ma présence favorablement… tout en cherchant à redéfinir mon rôle, par exemple : me cantonner aux plus grands, ou bien, aux garçons uniquement, ou alors, m’exclure de tous les soins jugés trop dévalorisants... pour un homme. Propositions irrecevables bien entendu. J’ai eu besoin d'outils d'analyse pour comprendre et désamorcer les mécanismes de ces stéréotypes. Cela m’a poussé à reprendre des compléments de formation, dont un DSTS (diplôme supérieur de travail social) en formation continue. En revanche, lorsque je suis devenu directeur de structure, c’était un peu retrouver "l’ordre des choses" : un homme directeur, c’est normal… Du coup, c’est vrai, c'était beaucoup plus confortable pour moi.

Qu'en est-il aujourd’hui ?

On pourrait penser que tout cela appartient au passé, j’ai près de 45 ans. Quand j’ai pris une direction de halte-garderie, j'ai cru que j’allais tout changer. Or, j’ai mis plus deux ans à établir un peu plus de mixité dans l’équipe, faute de candidat. Lorsque je suis devenu formateur à l’EFPP, cela m’est revenu en boomerang. Cela n’a pas vraiment changé, puisqu’on a 2 ou 3 garçons par promotion, pas plus… C’est là que j’ai décidé de faire quelque chose en faveur de la mixité et j'ai fondé une association (l'AMEPE) dans ce but.

Les hommes dans les métiers de la petite enfance font encore figure de pionniers, il faut les soutenir et encourager ceux qui souhaiteraient choisir cette orientation. Actuellement, l'expérience - la paternité ou l'animation auprès d'enfants de maternelle - continue d'être déterminante, au masculin, pour envisager ce choix. En miroir de l'évolution au sein des familles où les hommes s'investissent davantage auprès des tout-petits, il est urgent d'accroître la mixité dans les structures petite enfance, d'accorder ces métiers, aussi au masculin, et de les revaloriser.

Association pour la mixité et l'égalité dans la petite enfance (AMEPE)

L’AMEPE est une association à but non lucratif dont l’objet est de promouvoir la mixité et l’égalité professionnelle dans le secteur de la petite enfance et de lutter contre les stéréotypes de genre. Ce réseau professionnel développe des actions en faveur de l’orientation, la formation et l’intégration professionnelle des hommes auprès des jeunes enfants.

Contact : association.amepe@gmail.com

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    Les métiers auprès des enfants
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