Sommaire du dossier

Imprimer Imprimer Imprimer Envoyer à un ami

Mon métier au quotidien

Cordonnier - bottier : donner et redonner vie aux chaussures !

Métiers d'art

Haute Normandie - Rouen / Publication : 5 novembre 2018
Des chaussures sur mesure, vous en rêvez ? Le bottier le fait pour vous ! Vos bottes préférées sont abîmées ? Aucun souci, le cordonnier vous les rend comme neuves. Ces artisans se plient en 4 pour le confort de vos pieds et votre plus grand plaisir. Guy Lefèvre, artisan cordonnier à Rouen, évoque avec enthousiasme ces métiers. Rencontre.

Guy Lefèvre, artisan cordonnier © Onisep Normandie Rouen

Un artiste

"Le bottier prend les mesures de votre pied sur une page blanche : les doigts, le coup de pied et l’entrée de pied. A partir de ces mesures, il fabrique la forme de votre pied, en bois. Il réalise ensuite une première chaussure d’après le modèle choisi et vous la fait essayer. C’est spectaculaire, votre pied est quasiment aspiré ! Il vérifie que votre pied est bien positionné, qu’il n’y a pas de problème de compression et lance alors la fabrication définitive de la chaussure". Tout est fait à la main, ce qui est "très impressionnant" selon Guy. 65 à 100 heures de travail sont nécessaires pour fabriquer une paire de chaussures. Polyvalent quand il exerce seul ou pour de petits ateliers, le bottier peut aussi se spécialiser dans l’une des étapes de la fabrication : "vous avez le formier, le coupeur, les piqueurs, le monteur, le finisseur, le bichonneur et le patineur", explique Guy. Autant de spécialistes qui contribuent à l’unicité d’une paire de chaussures. Mais plus que de simples chaussures, elles sont parfois de véritables "œuvres d’art" d’après Guy : "j’ai vu des chaussures extraordinaires, créées pour des défilés de mode par exemple, mais non réutilisables. Les bottiers sont des artisans d’art mais aussi des artistes !"

Un artisan

Guy Lefèvre, artisan cordonnier

Guy Lefèvre, artisan cordonnier

Très admiratif du talent des bottiers, Guy se consacre lui à la cordonnerie : "C’est une fois que le montage de la chaussure a été fait que je peux intervenir pour réparer, en cas de besoin. Je n’ai pas appris à réaliser les étapes précédentes, ce qui est dommage parce que mon père était cordonnier-bottier. Mais à l’époque je ne savais pas que j’allais me passionner pour ce métier."
Des regrets, Guy n’en a pas : "ça fait plus de 33 ans que je fais ce métier", nous annonce-t-il fièrement. Sa spécialité : le haut de gamme. "La cordonnerie consiste à réparer toutes sortes de chaussures". Mais peu de cordonniers peuvent réparer des chaussures haut de gamme, des chaussures de bottier ! "Les réparations façon bottier sont relativement coûteuses : on répare les semelles, les talons, les patins de protection… On peut pratiquement tout réparer sur une chaussure. Ce sont de gros boulots : refaire une semelle prend par exemple entre 3 et 4 heures de travail !" Et ce temps a un prix. "Ça vaut le coup d’effectuer des réparations bottier sur une paire de chaussures à 800 euros", nous dit Guy. Mais peut-être pas sur des chaussures de qualité moindre. Cordonnier traditionnel et cordonnier haut de gamme, Guy est aujourd’hui un artisan accompli…

Un commerçant

 

 

Guy Lefèvre, artisan cordonnier

… mais pas seulement ! Il est aussi commerçant. "En plus des connaissances techniques du métier, il faut des connaissances en gestion et surtout des qualités relationnelles", explique-t-il. "Quand vous travaillez dans le commerce, il faut vous adapter à tous les types de clients." L’accueil est très important dans ce métier. Rien de bien difficile pour Guy qui trouve sa clientèle "très gentille et très agréable". "Sur ces 33 ans, il m’est arrivé d’avoir les 4 générations d’une même famille en tant que clients. Certains clients sont même devenus des amis. Et mes clients m’envoient d’autres clients : le bouche à oreilles fonctionne bien", se réjouit-il. Épanoui dans son travail, toujours souriant, Guy ne rechigne pas à la tâche : "je travaille beaucoup, jusqu’à minuit très souvent. Mais je travaille aussi pour le plaisir. Je pourrais ne pas discuter avec les clients et finir plus tôt. Mais ça fait partie du métier."

Un avenir tout tracé

Malgré son enthousiasme et sa passion pour le métier, Guy reste lucide sur les difficultés que peuvent rencontrer les cordonniers. "Si l’on veut devenir milliardaire, ce n’est pas la peine de faire ce métier-là. Quand je travaille 6 heures sur une paire de chaussures, c’est vrai que ce n’est pas très rentable. Mais c’est du plaisir, et ça, ça vaut tout l’or du monde !" Autre difficulté : les normes de sécurité imposées : "je ne peux plus prendre d’apprenti parce qu’il faudrait une douche, un vestiaire, des machines aux normes européennes… Alors qu’on est de petites structures". Par manque de moyens, ou de place, les cordonniers sont donc pénalisés et peinent à former la relève, qui n’est déjà pas très importante. Peu de jeunes s’orientent en effet dans la cordonnerie malgré l’attrait du métier. Pour Guy, ce fut différent : "mon père était bottier et ma mère gantière. Né à la campagne à seulement 7 mois, mes parents m’ont déposé dans une boîte à chaussures, au coin du feu. J’étais donc en quelque sorte prédisposé à faire ce métier-là ! Mon terrain de jeu a d’ailleurs toujours été l’atelier de mon père. A 18 ans, je suis entré dans les Talons minute et un jour j’ai fait la connaissance d’un cordonnier, que j’aidais de temps en temps. Quand il a voulu vendre, j’ai repris sa boutique." Et Guy n’a depuis jamais regretté sa décision !

Vient de paraître