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Rencontre avec un inspecteur en langue des signes française au rectorat de Toulouse

Languedoc-Roussillon - Montpellier / publication : 22 mars 2016
Cette fonction d’inspecteur pédagogique régional spécialité Langue des signes française est unique en France.

inspecteur LSF

Pouvez-vous préciser votre statut ?

Je suis inspecteur d’Académie, inspecteur pédagogique régional, IA-IPR en abrégé dans le jargon professionnel, de spécialité Langue des signes française au sein du rectorat de l’académie de Toulouse. De fait, l’enseignement de la LSF relève de ma compétence. Et j’ai quelques responsabilités à l’égard de l’enseignement en LSF.

Vos responsabilités peuvent-elles dépasser le niveau de votre académie surtout en ce qui concerne l'enseignement de la LSF, de la maternelle à l'université ?

Votre question comporte deux points distincts, zone géographique et établissement scolaire. D’une part, étant donné que je suis rattaché administrativement à l’Académie de Toulouse où je réside, le ministère de l’éducation nationale m’a confié une mission nationale, car les autres académies, pour l’heure, n’en ont pas un. En effet, je suis les trente académies que compte la France. À titre d’information, il en est de même pour les inspecteurs de langue à faible diffusion, sur une bonne partie des académies. 

Pouvez-vous décrire quelles sont vos fonctions au sein de l'éducation Nationale ?

Mes fonctions sont multiples, inspection des professeurs de LSF titulaires et stagiaires, conception et animation de diverses formations, participation à divers jurys, expertise dans l’éducation bilingue, impulsion de nouvelles actions académiques ou nationales et conseils. Elles concernent toutes les académies. 

Comment cela se passe avec vos collègues inspecteurs ?

Je peux dire que ma réponse semble identique à celle d’un fonctionnaire sourd exerçant dans un ministère ou une mairie. Mon intégration dans le corps d’inspection a connu, dans un premier temps, quelques obstacles de communication liés au budget d’interprétariat non provisionné. Cela a nécessité un certain temps de régulation pour me rendre accessible dans ma fonction. Finalement, grâce à la présence des interprètes diplômés et la contribution financière du FIPHFP, comme l’AGEFIPH pour le privé, je participe sans difficulté à diverses réunions avec mes collègues inspecteurs, entretiens avec les chefs d’établissements, inspecteurs et chefs de service, partout en France.

[NDLR : FIPHFP fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique ; AGEFIPH Association de gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées]

Pour réussir cela, il faut organiser très en avance ces rencontres.

De surcroît, la messagerie électronique permet la communication écrite à distance sans dévoiler mon identité sourde. L’écrit va aussi vite que l’oral. Toutefois, certains interlocuteurs, je comprends, préfèrent l’oral à l’écrit par souci de discrétion.

Avez-vous une influence sur les décisions à prendre surtout en matière de scolarité bilingue ?

En principe, le recteur de chaque académie décide de tout ce qui touche à la scolarité de la maternelle au lycée, ainsi que l’université. À lui, mon supérieur, j’émets des préconisations pour mieux faire avancer l’enseignement de la LSF, non la scolarité bilingue. Il est bon de savoir distinguer la langue de la personne sourde, l’élève. L’inspecteur de l’éducation nationale chargé de l’adaptation scolaire et de la scolarisation des élèves en situation d’handicap, IEN ASH en abrégé, s’occupe donc des élèves sourds. Lui et moi, nous nous affairons, dans le strict respect des textes officiels en vigueur, à la mise en place d’un dispositif de scolarité bilingue pour collégiens ou lycéens sourds. En dernier lieu, le recteur aura le dernier mot sur ce dispositif.

Quels sont les chantiers à créer au niveau de l'académie de Toulouse ou à l’échelle nationale ?

Je souhaite parler d’abord des chantiers déjà entamés depuis l’entrée officielle de la LSF dans l’éducation nationale par la loi du 11 février 2005. Mme Golaszewski, inspecteur général honoraire, a mené les chantiers titanesques. Entre autres, la création d’un concours du CAPES de LSF a permis de recruter chaque année des professeurs de LSF, ce qui a fait bouger les choses dans chaque académie. Et la publication des programmes officiels de LSF a permis d’encadrer l’apprentissage de la LSF tant pour élèves sourds que pour élèves entendants. Je tiens à noter que le nombre d’élèves sourds au contact de la LSF augmente chaque année, grâce au recrutement des professeurs de LSF. De même, l’option facultative de LSF aux baccalauréats de toutes séries et BTS connaît une croissance soutenue. En 2013, plus de 1200 candidats sourds et entendants de toutes académies confondues sont évalués, alors qu’en 2008, on en avait moins de 200.

Enfin, concernant les chantiers à venir, j’en ai quelques-uns. Parmi eux, un projet qui permettra de renforcer la pédagogie et la didactique de la LSF.  

Pensez-vous que la perspective de voir s'étendre à Toulouse un "Gallaudet University" à la française est-elle possible ?

[NDLR : une université semi-publique, fondée en 1864, destinée aux sourds et malentendants, située à Washington]

À dire vrai, cette question ne relève pas de ma compétence. Si j’étais étudiant, je plaiderais pour une Gallaudet University à l’européenne. Celle-ci pourrait faire enrichir la langue signée internationale et faire concurrence. Je le dis par défi envers l’université de Gallaudet où la langue enseignée est l’ASL. [NDLR : American sign language]

Quelques mots pour conclure ?

L’éducation nationale connaît un engouement croissant pour l’apprentissage de la LSF. Afin de constituer un vivier de recrutement pour enseigner la LSF, toute personne intéressée est invitée à me contacter à l’adresse électronique : jean-louis.brugeille@ac-toulouse.fr

 

Propos recueillis par l’Onisep, site de Toulouse.

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Sur le web

L’académie de Toulouse http://www.ac-toulouse.fr/

ARIEDA, Association régionale pour l'intégration et l’éducation des déficients auditifs du Languedoc-Roussillon http://www.arieda.fr/

Les Cesda, Dispositifs d’accompagnement des jeunes déficients auditifs ou présentant des troubles spécifiques du langage Toulouse http://www.cesdda.fr/ et Montpellier http://www.cesda34.org/

FIPHFP http://www.fiphfp.fr/

AGEFIPH  https://www.agefiph.fr/

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