Onisep.fr, l'info nationale et régionale sur les métiers et les formations
Accueil Occitanie Montpellier Équipes éducatives

Formation/emploi/qualification, développement des compétences tout au long de la vie

Languedoc-Roussillon - Montpellier / publication : 11 juillet 2016
Un espace pour réfléchir et s’informer sur les secteurs de la formation, de l’emploi et des qualifications et où l’on aborde les notions de compétence et de formation tout au long de la vie.

Ici quelques articles issus de conférences.

Formation emploi qualification

Les enjeux de la formation professionnelle, le développement des  compétences tout au long de la vie

Des conférences qui se sont tenues le 29 novembre 2013 à Montpellier, dans le cadre de la semaine de mobilisation du Pouvoir d’Agir organisée par le CIBC, par Fabrice Gutnik, maitre de conférence à l’Université d’Amiens et président de l’Association française de réflexion et d’échange sur la formation professionnelle et André Chauvet, consultant spécialiste de la navigation professionnelle et de l’ingénierie de dispositifs d’accompagnement des parcours professionnels.

  • Ces conférences ont été introduites par Béatrice Négrier, vice-présidente de la Région Languedoc-Roussillon, déléguée à la formation professionnelle et à l'apprentissage

« La Région a un budget de plus d’un milliard d’euros pour la formation. Notre politique est de proposer le plus souvent possible des formations qualifiantes plutôt que des attestations de formation qui sont trop ciblées sur un emploi précis et qui peuvent empêcher la personne de s’adapter aux emplois proposés. Un grand nombre de jeunes sans diplôme ne connaissent qu’un nombre restreint de métiers. Après deux ou trois ans sans solution, ils sont déstructurés et ont perdu l’appétence pour se former. La MLJ (mission locale d’insertion), Pôle emploi et Cap emploi comptent 4 à 5000 jeunes par département sans diplôme. Cela nous interpelle. Nous mettons en place des dispositifs pour remettre ces jeunes dans une dynamique de formation ou de recherche d’emploi; ainsi, en Languedoc-Roussillon, nous finançons :

-          8 écoles de la 2e chance ;

-          1 000 places dans l’école de l’apprentissage (dispositif d’une durée de 3 mois à deux périodes de l’année, septembre et avril) pour aider le jeune à mieux déterminer son projet ;

-          Cap Métiers pour renforcer les savoirs de base, les gestes professionnels et valider un projet ;

-          de nombreuses formations qualifiantes de niveau V à niveau II ;

-          Aide également aux salariés pour leur permettre de s’adapter à l’emploi.

Nous offrons un catalogue de formation en adéquation avec les offres d’emploi correspondant aux besoins des entreprises. Toutes ces offres de formations se trouvent sur le site d’Atout métiers.

Nous offrons par ailleurs, dans notre catalogue, 10 % de formations qui ne rentrent pas dans le cadre des besoins en emploi de la Région afin de ne pas détruire des compétences. Ces formations correspondent à des intérêts, voire des passions de personnes en recherche de formation. Exemple : souffleur de verre, conducteur de chevaux attelés, métiers du cirque ou autres métiers artistiques, etc.

  • Intervention du CIBC, Brigitte Duffiet :

Nous nous battons pour que l’humain trouve sa place et travaillons avec d’autres partenaires pour développer le pouvoir d’agir. C’est une manière, une modalité, pour soutenir les parcours professionnels. Les personnes ont besoin d’être préparées à la formation, d’être sollicitées pour réveiller leurs envies et d’être accompagnées pour persévérer. Il s’agit pour nous de préparer les conditions de la réussite professionnelle, de mettre des ressources à la disposition des personnes, pour qu’elles s’en emparent, et s’approprient les axes de leur apprentissage.

 

1/ Conférence de Fabrice Gutnik : les enjeux de la formation professionnelle

Quelle lecture de la réforme de la formation professionnelle en cours ?

Cette réforme ne correspond pas à une approche adéquationniste emploi / formation. C’est un temps historique lié à la refondation des droits sociaux. On avait trouvé un compromis issu du capitalisme industriel : que chacun ait droit à une protection sociale (santé, retraite, travail). Constat : effritement de cette société salariale avec des inégalités croissantes entre les ouvriers et les cadres. La différence de niveau de salaire était de 3 à 4 dans les années 60, avec une perspective de salaire plus élevée pour les ouvriers, ce qui n’est plus vrai vingt ans après.

En 2006, il ne faut pas 20 ans mais 140 ans pour que l’ouvrier soit au niveau du cadre ! Le statut de l’entreprise dans la société change. Après 68, crise dans le rapport à l’autorité. Le rapport à l’entreprise doit être repensé dans le rapport à l’Etat. La famille, le salariat, bougent.

On observe depuis les années 80 un chômage des cadres. Avant, avec le travail, on pouvait grimper les échelons de l’échelle sociale dans une société où le travail avait une valeur centrale. Dès les années 70, une nouvelle forme d’organisation du travail se développe. Les entreprises sont rentrées dans le cadre de la mondialisation, avec un pilotage par la demande et non plus par l’offre. Il faut innover, créer, aller vite. L’environnement détermine la structure des entreprises (Boltanski). Dans les années 80, dans un livre fondateur du CEGOS, apparait la notion de la gestion de la compétence.

Avec la compétence, c’est une gestion plus individualisée, personnelle ; c’est le travail individuel qui est évalué. La compétence n’est plus acquise avec l’évolution des emplois. Le recentrage se fait sur les métiers, pas sur les personnes. Il y a appartenance à une entreprise, pas à un métier et plus de mobilité professionnelle.

Les cycles de vie des produits sont beaucoup plus rapides. Donc on assiste à une remise en cause du compromis social. Les formes de travail salarié sont beaucoup plus précaires : moins de CDI, travail en réseau, à domicile, à distance, à temps partiel…

 Des années 70 à 2000, la compétence se substitue à la qualification. Une économie différente voit le jour : il faut développer des services à valeur ajoutée. L’économie se dématérialise avec des métiers plus qualifiés. Le modèle européen a tendance à s’inspirer du modèle flexi-sécuritaire danois. Plus de souplesse pour l’employeur avec une certaine sécurité pour les actifs. Maintenant, on parle de carrière avec des moments de transition professionnelle. (Voir le rapport Soupiot… Travailler au 21e siècle, nouveaux modes d’organisation).

Dans le cadre de cette réforme, il faut aller au-delà de l’emploi et il faut que les droits sociaux soient attachés à la personne avec un compte personnel de formation. Exemple : on voit émerger un compte personnel de pénibilité et le DIF (droit individuel à la formation)

Aujourd’huiles droits sociaux sont repensés à l’aune de la personne et non plus des emplois.

Une discussion collective est en cours pour savoir comment considérer nos métiers ; exemple : pour les personnes dont la tâche consiste à couper du poulet, quelles sont les compétences mises en œuvre sachant que si celles-ci sont trop réduites, si leur industrie s’effondre, les personnes s’effondreront aussi. Donc il s’agit d’être vigilant pour que tous les salariés puissent développer un minimum de culture générale.

Pour Paul Ricard « La culture c’est ce qui vous tient prêt pour l’ouvert, l’inattendu, ce qui n’est pas déterminé ».

Avant, le contrat de travail n’était pas toujours intéressant, mais c’était une garantie de sécurité, de sa place au travail. Maintenant, le lien entre ma contribution et ma place est désagrégé. Les plus agiles, adaptables, sauront faire face. On sort du Taylorisme.

On assiste au développement du concept de compétence, de l’initiative individuelle, de la responsabilité de l’individu à conduire sa vie, de l’autonomie du sujet (auto-entrepreneur de soi). Mais un certain nombre de personnes ne sont pas capables de construire leur vie. Une obsolescence potentielle de leurs compétences est liée au développement des économies et des emplois permanents. Donc, les actifs sont confrontés aujourd’hui au défi de construire en permanence leurs compétences professionnelles.  Exemple : l’ingénieur de 35 ans qui sait que dans 2 ans son activité changera.

Tout le monde est confronté à cette vulnérabilité. Pour se protéger : il faut construire des liens sociaux, se sentir appartenir à un collectif, réactualiser ses connaissances. L’investissement en formation devient très important. S’en sortiront ceux qui connaissent le langage des codes (les bonnes infos, les règles…). Il n’y a que 53% des français qui connaissent le DIF. Avec l’émiettement du droit du travail, le lien social est menacé, de même que le « faire société ». Il y a une fracture de l’information chez les familles. Comment rendre les politiques plus visibles ?

Intervention de participants : la qualification était une promesse, une garantie, maintenant ce sont les compétences qui vont faire évoluer les carrières. Les jeunes devront continuer à se former. 50% des jeunes de 16 à 25 ans ont un travail précaire quel que soit leur qualification. 80% des 18 à 24 ans ont accès à la formation et 30% des séniors et plus sont en difficulté par rapport à l’emploi. Entre 600 et 700 000 personnes sont illettrées ; quel avenir ! D’où l’importance de l’accompagnement et des compétences à développer.

Par rapport à la loi de sécurisation sur l’emploi, on mise sur l’intelligence du dialogue social avec une co-surveillance des 2 côtés : employeur/salarié. Exemple : dans la négociation du plan de formation, les obligations sont renforcées du côté de l’employeur mais il faut que les salariés soient compétents pour gérer ces enjeux ! On observe une montée de l’individualisme. Il est important, dans ce contexte, d’aider les jeunes à développer leur pouvoir d’agir et  leur apporter des ressources.

 

 2 / Conférence d’André Chauvet : le développement du conseil en évolution professionnelle.

(Compte-rendu réalisé par Elisa Blanchard, directrice CIO Nîmes-Ouest)

 

Trois critères importants dans l’observation des conduites des personnes :

1)      leur attitude pessimiste ou optimiste ;

2)      leur curiosité, leur éveil sur l’environnement ;

3)      le sentiment de contrôle (de pouvoir agir) ;

Peut-on agir sur certains événements que l’on rencontre dans notre parcours ?                      Que se passe-t-il du côté des personnes ? Utilisent-elles leurs droits ? Suffit-il d’informer les gens pour qu’ils sachent ?

On observe une confusion entre transmettre des messages et mettre en place des  temps de concertation pour que les personnes puissent s’en servir, percevoir leur utilité et comprendre car le niveau juridique est trop complexe.

 Il ne suffit donc pas de faire des sites. Les usagers vont utiliser les divers réseaux pour chercher du travail. Cela va jusqu’à 70% de la décision. Les gens construisent ou renseignent les sites à partir des besoins attribués aux personnes. Or, il faut que les gens puissent en sentir l’utilité, l’intérêt.

Exemple : les jeunes qui recherchent des infos pour leur orientation utilisent plein d’autres leviers que le site de l’Onisep, leviers qui ont plus de crédit pour eux que la parole institutionnelle. Ils trouvent certains sites trop compliqués ou ils ne font pas confiance à leur contenu (voir ce qu’ils écrivent dans les forums).

Donc il s’agit de se situer du côté du besoin éprouvé des personnes, se confronter à la représentation des usagers qui ont des besoins d’immédiateté et de se sentir partie prenante pour s’engager. Si les usagers perdent confiance dans ce qu’on leur propose, ils vont chercher ailleurs, ou ils ne bougent pas. Avec la montée du chômage, les personnes ne croient plus dans l’efficacité de la formation. Si le diplôme permet le travail, il n’y a plus l’adéquation qualification / emploi. Les gens doivent donc se protéger en développant leurs compétences. Les gens cherchent de la solidarité proche, ils ont confiance dans les personnes avec lesquelles ils ont développé des liens sociaux.

Si l’individu n’a pas le sentiment d’avoir le contrôle sur ce qui va lui arriver, il n’agira pas bien.

On est dans un modèle linéaire, or les trajectoires sont de moins en moins linéaires avec l’émergence du concept de parcours. Quelle est la place de la formation/qualification, du développement des compétences tout au long de la vie pour savoir naviguer et maintenir une position sociale ? Constat : lien formation/qualification /emploi de plus en plus délié, désaffiliation sociale, difficultés professionnelles.

La formation ne pourra garantir la capacité à se sentir capable de faire face à toutes les transitions professionnelles, choisies ou subies, auxquelles chacun sera confronté. Il faut savoir négocier les transitions avec des environnements changeants.

L’accélération des processus technologiques nous oblige à réfléchir à comment faire face aux nouvelles situations professionnelles auxquelles nous serons confrontés. La formation facilite la maitrise des codes sociaux, développe le sentiment d’être citoyen et notre croyance à pouvoir apprendre. C’est cette dimension apprenante qui développera notre capacité à faire face tout au long de la vie. Le sujet se trouve dans une double solitude : seul dans les démarches et avec la responsabilité seul de faire face pour montrer que «  je suis meilleur que les autres ». Je suis délié, comment être acteur, me sentir appartenir ?

 Pour faire face, il est nécessaire :

 - de faire l’expérience du collectif, sortir de l’isolement ;

- de continuer à se former, avoir une culture du développement des compétences tout au long de la vie ;

 - d’être  curieux par rapport à l’environnement, l’évolution de la société ;

 - d’avoir la capacité à vivre des expériences, à les modéliser, pour qu’elles nous enrichissent.

Les compétences opérationnelles vont permettre de se préparer à être capable d’agir sur sa propre vie, à se sentir acteur et contribuer à ce qui va au-delà de soi : être homme et femme en société. Nous n’avons pas la culture de la démocratie participative. La formation inclut aussi les expériences formatives, le travail développe aussi des compétences et on peut apprendre de différentes façons. Voir le développement des MOOCS (cours collectifs en ligne) qui sont une révolution pour les formateurs.

La troisième révolution industrielle dématérialisée est plus complexe et elle demande aux gens d’avoir plus de culture générale. Il faut devenir plus solidaire, on est au début de la refondation du droit social avec la notion de compte personnel de formation.

par Elisa Blanchard, directrice CIO Nîmes Ouest

Imprimer

À lire aussi

Sur le web

Céreq formation emploi : ici

éducation formation en région LRMP : ici

Haut de page

Vient de paraître

Pour
les professionnels

Accueil Toute l'actu nationale

monorientationenligne.fr