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Julie - danseuse étoile

Midi-Pyrénées - Toulouse / Publication : 24 février 2020
Danser sur le Lac des cygnes, Madame Butterfly, Casse-Noisette ou sur un répertoire plus contemporain comme Gatsby le magnifique, elle l’a fait ! Avec élégance, délicatesse et une vraie force de caractère, Julie Charlet, danseuse étoile au Ballet National du Capitole vit de sa passion et savoure chaque instant de grâce.

JulieDD

Un parcours artistique en France et à l’étranger

J’ai suivi un cursus classique. D’abord au conservatoire national de région de Rouen pendant 4 ans et au collège en horaires aménagés (sport études). Puis je suis partie à l’École nationale supérieure de danse de Marseille tout en allant au lycée préparer un bac S. La séparation avec ma famille a été un peu compliquée même si j’étais déjà habituée à vivre en internat. J’ai ensuite eu la chance incroyable d’avoir un contrat à la fin de mon lycée en Angleterre dans la compagnie Northern Ballet basée à Leeds. C’est une compagnie formidable. J’y ai rencontré des gens incroyables tant les danseurs que mon directeur. En 10 ans, j’ai gravi tous les échelons pour arriver presque jusqu’en haut. Cette compagnie proposait 180 spectacles par an, ce qui est énorme. À Toulouse on en fait 60 au maximum. C’est formidable quand on est très jeune mais à 28 ans, les spectacles revenaient parfois pour la 2ème ou 3ème fois, j’avais fait beaucoup de rôles. J’avais besoin de challenge, de voir d’autres gens et j’ai eu l’opportunité d’intégrer le ballet du Capitole en tant que soliste (2 ans) puis 1ère soliste (équivalent d’étoile). Cela fait 6 ans et demi que j’y suis.

Être danseuse étoile, c’est…

… avoir la responsabilité de danser les rôles principaux sur pratiquement toutes les productions. Pour arriver à étoile, il faut passer par toutes les étapes : corps de ballet, petits rôles, soliste. Il faut pouvoir tenir physiquement et mentalement pendant 2h30.  Le travail demandé est différent, parfois plus stressant et fatigant que ce que fait un corps de ballet même si cela peut être difficile aussi selon les productions. 

J’exerce un métier que j’affectionne énormément. Je rencontre des gens formidables au quotidien, d’univers différents, très créatifs. Tous les jours j’apprends quelque chose de nouveau : techniquement, artistiquement, moralement, physiquement. Il faut être aussi très fort car on vit des choses difficiles : quand on danse mal on peut le prendre comme un échec. Il faut savoir analyser ce qui s'est passé ce soir-là et apprendre de ces situations difficiles. Au niveau relationnel, c’est la même chose : on ne danse pas toujours avec des gens que l’on apprécie : chorégraphe ou partenaire et il faut pouvoir travailler avec eux pour que la magie opère. On apprend aussi beaucoup sur soi, à repousser les limites physiquement. Et cela va au-delà de cela, il faut une vraie force mentale. Maintenant, en fin de carrière, il y aura une usure physique et ce sera difficile de se projeter dans un autre métier alors que j’ai adoré celui-ci.

24h dans la vie d’une danseuse étoile

Le matin, il y a le cours en collectif pendant 1h30 où l’on fait la classe. En répétition, on fait 2 services de 2h30. En représentation on a toujours le cours du matin puis un service de répétition et enfin le spectacle. En répétition c’est 5/7jrs, en représentation c’est 6/7. Le lundi est notre jour de repos. On a un planning prévisionnel mais le détail est donné une semaine à l’avance et peut être modifié du jour au lendemain. C’est un métier très prenant et passionnant. À Toulouse, en général on ne finit pas trop tard, vers 17h30 donc on peut profiter davantage malgré la fatigue physique. On peut néanmoins mener une vie professionnelle et de maman. On aborde le métier différemment à notre retour et le corps retrouve ses pleines capacités.

L’après carrière

Être danseuse étoile c’est être sportif de haut niveau. On a les mêmes blessures. Le corps réagit de façon similaire. Les danseurs de l'Opéra de Paris doivent arrêter leur carrière à l'Opéra au plus tard à 42,5 ans. Ils peuvent éventuellement demander leur retraite à ce moment-là mais aujourd'hui la plupart se reconvertissent. Dans les autres compagnies de danse françaises, il n'y a pas d'âge limite mais en général un danseur arrête sa carrière entre 35 et 42 ans. Il doit ensuite se reconvertir car il n’y a pas de régime spécial. Beaucoup se tournent vers l’enseignement mais ce n’est pas toujours simple car on est assez nombreux et assez peu rémunérés. D’autres deviennent coach sportif ou professeur de pilates par exemple. On nous prévient très tôt, presque dès l’école. Pour ma part, je suis passée par beaucoup d’étapes. J’avais pensé devenir kinésithérapeute mais étant affiliée au Ministère de la Culture et non des Sports, je n’ai pas d’équivalence. Je dois donc suivre 5 années d’études et cela fait trop. À 34 ans, je passe mon Diplôme d'état (DE) pour être professeur de danse et je réfléchis à d’autres choses : préparation physique voire mentale pour offrir d’autres choses que l’enseignement.

Pouvoir être ou ne pas être danseuse étoile…

Pour être danseur, il faut avoir du talent. Le mental y est pour beaucoup et tout le monde ne peut pas tenir un rôle pendant 2h30. Mais je pense que tout s’apprend. Il y a aussi une grosse part de chance : être au bon endroit au bon moment. Certains physiques seront néanmoins plus « difficiles » pour la danse et des limites ne pourront pas être surmontées : genoux, hanche.... La taille n’en fait pas partie. Je mesure 1.56 m, ce qui est vraiment petit pour une danseuse, mais j’ai eu la chance de toujours trouver des directeurs qui avaient besoin à ce moment-là d’un petit gabarit. Maintenant j’ai vu des danseurs avec moins de facilités faire des carrières extraordinaires parce qu’il n’y a pas que cela. Il y a la sensibilité, l’intelligence artistique mais aussi anatomique pour utiliser ses capacités au maximum.

Un conseil à un(e) jeune

Toujours essayer de profiter, prendre du plaisir car c’est tellement court ! Il y a des moments difficiles mais il ne faut surtout pas lâcher. Il faut persévérer et travailler intelligemment.

 

Propos recueillis par A.Landes

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