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Sandra - styliste-modéliste : « De fil en aiguille, de Toulouse à New-York… »

Midi-Pyrénées - Toulouse / Publication : 20 janvier 2020
Sandra Bardi, une tassé de thé à la main, un sourire au bord des lèvres, a ouvert les portes de son atelier et un peu de son cœur avec humour, bienveillance et générosité… À 36 ans, cette styliste-modéliste et co-gérante avec Amandine Bejon d’« Atelier 2B », une petite maison de couture Toulousaine spécialisée dans la création de robes de mariée, lève le voile avec franchise sur son parcours, ses réussites mais aussi les obstacles qu’il a fallu (ou qu’il faut encore) surmonter pour vivre de sa passion et faire en sorte que le rêve des futures mariées devienne réalité.

Sandra styliste

De la « cousette » à l’artisanat d’art

Dès l’âge de 5 ans, j’ai le souvenir que je faisais de la cousette avec ma tante et fabriquais déjà des petites robes pour mes poupées avec une vieille machine Singer ! Grande amatrice de loisirs créatifs pendant mon enfance, je me suis donc lancée plus tard dans un BEP métiers de la mode au Lycée Maillol à Perpignan puis un brevet de technicien vêtements créations et mesures qui m’a permis d’apprendre toutes les techniques artisanales et me former à la haute couture. En 2eme année, j’ai réalisé un stage de plusieurs mois chez Balenciaga à Paris qui m’a conforté dans mes choix, j’étais à ma place dans ce cursus-là. Suite à ce diplôme, j’ai intégré une école de mode à Toulouse : ESIMODE pour obtenir le titre de styliste modéliste. Durant ces 2 années, j’ai à nouveau effectué des stages dans la création de robes de mariée, notamment chez Sylvie Mispouillé. J’étais déjà très intéressée par ce produit-là. Ensuite j’ai décroché un job de professeur modéliste à l’université de Shanghaï pendant 6 mois puis suis rentrée en France. J’ai par la suite intégré le bureau d’études chez Paul Brial à Toulouse, du prêt-à-porter féminin en tant qu’assistante styliste. Le côté technique et les échanges commerciaux étaient importants et la partie création nous a manqué au bout d’un moment. Nous avons donc décidé de monter l’« Atelier B des robes de mariée pour romantiques endiablées » avec ma binôme  Amandine qui travaillait également dans cette même entreprise en tant qu’assistante de production.

« L’Atelier 2B, notre bébé »

Nous avons confectionné notre 1ère robe fin 2010 par le bouche à oreille puis 2 puis 3 et il a fallu faire des choix. On a quitté Paul Brial toutes les 2 et nous sommes rentrées en couveuse d’entreprise pendant 3 ans pour tester l’activité et voir si ce travail avait un sens pour nous. C’était le cas. Nous avons participé à nos 1ers salons du mariage en 2012 et l’entreprise s’est lancée en SARL en 2016. En 2015, nous avons lancé une campagne de financement participatif pour accompagner notre développement : achat de machines industrielles etc. Aujourd’hui nous réinvestissons quasiment tout ce que nous gagnons dans l’entreprise et elle est autosuffisante… au détriment de notre salaire mais grâce à la couveuse, nous avons peut-être avancé plus lentement que certains mais plus sûrement aussi.

La styliste modéliste en action…

Je reçois les clientes au showroom, leur présente notre travail et nos collections, leur apporte aussi un conseil au niveau morphologique qui est primordial pour le choix de LA ROBE. J’ai aussi la sensation parfois d’être un peu psychologue car une année de mariage c’est une année d’introspection sur : sa vie personnelle, son corps, son couple... Je suis l’oreille attentive et je vois toujours le verre à moitié plein. Le choix de la robe arrive juste après une demande en mariage, encore dans l’euphorie de la demande. En fonction des demandes des futures mariées, je peux soit reproduire un modèle à l’identique issu de notre collection, ou y faire des modifications en forme et matière ou bien confectionner une création d’exception qui n’existerait pas chez nous. Je prends donc les mesures puis débute toute la phase technique de patronage. Je vais réadapter les patrons, les transformer, les grader (les mettre aux bonnes mesures) et créer de nouveaux gabarits. Une fois cela effectué, je coupe et confectionne une toile à patron : c’est un prototype de robe en toile de coton plus facile à manier pour voir les volumes, les échancrures... La cliente revient ensuite pour procéder à l’essayage de cette ébauche et faire les ajustements de cette robe en toile puis ensuite sur le modèle « final ». On réajuste et je termine le modèle. Elle revient une dernière fois pour la « répétition générale » et les toutes dernières modifications environ 3 semaines avant le jour J puis repart avec sa robe. Je vois donc les futures mariées en général 4 fois idéalement sur 8 à 10 mois, il faut compter en moyenne 40 h de travail par projet. Aucune étape n’est sous traitée, nous sommes polyvalentes et confectionnons tout nous-mêmes à la manière Haute-Couture !

« Je vis d’un métier passion »

Me lever le matin ou le week-end parfois n’est pas un problème. Pour une collection qui sort chaque année, il y a environ 12 robes, cela se fait en parallèle des différents projets en cours. Maintenant en termes de rémunération, nous nous attribuons 900 euros par mois chacune et encore c’est tout nouveau… ! Il est aussi très difficile de déconnecter du travail même si je le fais vraiment par goût et parce que c’est mon entreprise. Je travaille de 8h30 à 18h30 sauf le mercredi après-midi qui est mon moment « maman ». Mais au moment de la création de la collection, nous ne comptons plus nos heures.

Des compétences variées

Issue d’un cursus plus « général et industriel » titulaire d’un BAC arts appliqués, d’un BTS Modéliste et d’un master Gestionnaire produit mode, Amandine et moi sommes parties avec les mêmes prédispositions techniques mais au fil du temps et avec notre petite production d’une quarantaine de robes par saison, il a fallu être encore plus efficaces et Amandine s’est occupée de la partie gestion, développement d’entreprise, comptabilité et même communication. Elle s’en occupe parfaitement et parvient à gérer cela toute seule (pour le moment). De mon côté, au-delà de la partie artistique, je partage de forts moments d’intimité avec les futures mariées, souvent stressées au départ mais qui, toujours ravies, nous envoient systématiquement des photos du mariage et des remerciements. Leurs invités sont unanimes à dire que les modèles sont adaptés à leur personnalité et cela est important : NE JAMAIS être déguisée pour son mariage !

Sandra et Amandine : deux filles aux doigts de fée, à la Fashion Week de NYC notamment !

Nous avons été contactées en 2019 par le Wedding District (une agence française) mandatée par Le World Bride Magazine pour faire une présélection de créateurs français pour défiler lors de l’ouverture de la Bridal Fashion Week en octobre 2019. Nous avons fait partie des 4 créatrices de robes de mariée sélectionnées sur la France entière. Nous avons donc présenté notre nouvelle collection au Manhattan Manor à l’automne dernier  et c’était une super expérience. Cette année, nous avons aussi fait partie des 4 nominés aux Mains d’Or, un évènement qui met en lumière l’excellence de l’artisanat, organisé par la chambre des métiers de la région Occitanie, dans la catégorie des artisans d’art.

Eco-responsables et éco-friendly !

En tant que créatrices, nous sommes partisanes des hauts et bas séparés, tout en faisant très mariées par les matières : tulle brodé, dentelles de Calais, de Chantilly, mousseline, soie ou par les volumes. Dès le départ nous avons imaginé des pièces indépendantes pour pouvoir les mixer au gré des envies avec beaucoup de combinaisons possibles. On sent aujourd’hui pour les futures mariées qu’il est important d’être à l’aise et de pouvoir reporter sa robe plutôt que de la laisser dans le placard. C’est toujours sympa de se dire qu’on peut porter son top de mariée pour aller travailler ou sa jupe pour un autre évènement par exemple.  Nous avons également une attitude éco-responsable puisque nous n’allons pas chercher nos matières très loin : tout provient de dentelliers ou soieries français, on réutilise le plus possible les restes de matière, on groupe la majorité de nos commandes. Du côté de la mariée, c’est aussi  écofriendly puisqu’elle peut  réutiliser sa robe (d’une ou plusieurs pièces) voire y apporter quelques petites modifications : coupe, accessoires pour la porter à un autre moment.

Si vous deviez conseiller à un/une jeune qui veut faire la même chose que vous, que lui diriez-vous ?

Être très organisé et patient. Il faut également pouvoir et savoir créer du lien, s’entourer des bonnes personnes, essentiel aujourd’hui et bien manier réseaux sociaux, Instagram en particulier, qui constituent pour nous une véritable aubaine. Les jeunes aujourd’hui savent très bien les utiliser, ils sont nés avec tout cela par rapport à notre génération où  ça n’existait pas et c’est un sérieux atout pour eux. Il est primordial de se former au maximum. Beaucoup de jeunes s’imaginent qu’avec un diplôme dans la mode, on sera styliste dans le monde entier. Je suis convaincue qu’il ne faut pas se contenter de cela, il faut étudier selon moi autant le stylisme que le modélisme (aspect technique), ne pas s’enfermer dans une seule activité. Il faut être polyvalent.

Et demain, ou dans 10 ans, quelles sont vos perspectives ?

J’espère que l’on sera toujours pleines d’enthousiasme à créer nos robes, que notre société sera encore plus développée et implantée dans certains boutiques de créateurs en France ou à l’étranger. 

 

 

Propos recueillis par Angelina Landes

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