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Témoignages de professionnels

Interview croisée de deux maitres de conférences en informatique

Midi-Pyrénées - Toulouse / Publication : 29 janvier 2019
Des enseignantes chercheuses hors du commun, Stéphanie et Valérie nous présentent leur parcours et leur métier au sein de l’Institut de Recherche en Informatique de Toulouse.

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Valérie Camps et Stéphanie Combettes, Maîtres de conférence en informatique à l’IRIT Toulouse

 

Enseignantes-chercheuses en informatique, deux casquettes pas toujours faciles à équilibrer…

 

Stéphanie intervient à l’IUT dans le département Génie Electrique et Informatique Industrielle. Elle travaille sur l’informatique orientée commande de machine et petits systèmes comme, par exemple, des maquettes de château d’eau, d’ascenseur, des microcontrôleurs avec des LED qui s’allument et s’éteignent…

Valérie travaille à l’université dans un cadre plus généraliste, j’interviens en Mathématiques Informatique Appliqués à la Gestion des Entreprises (MIAGE), en informatique et en Mathématiques Appliqués.

C’est avant tout une double casquette enseignante et chercheuse. Pour la première casquette, nous enseignons la programmation : comment face à un problème donné, traduire un énoncé en langage informatique pour trouver une solution. La programmation touche surtout les jeux vidéo mais aussi à de petits programmes comme la domotique, station météo… Il y a quand même beaucoup de joueurs qui se dirigent vers la programmation même si l’on voit se dessiner une évolution des profils ces derniers temps.

Nous enseignons en cours magistraux, en travaux dirigés et en travaux pratiques. En TP, les étudiants codent sur machine le travail qui leur est demandé. La machine est là pour les aider à s’autoévaluer puisque si le programme ne fonctionne pas c’est que cela ne va pas ! Nous prenons le relai s’ils n’arrivent pas à rectifier des erreurs signalées par la machine. Nous avons un quota d’heure à effectuer : 192 h à l’année en présentiel ce qui peut laisser rêveur... sachant qu’une heure équivaut à peu près à 4h 30 de travail avec le temps de préparation. Dans la réalité, il y a aussi, de plus en plus, d’administratif à réaliser avec les réunions, les comptes-rendus… En fait c’est presque trois casquettes ! La partie recherche peut passer assez facilement à la trappe parce qu’elle est plus personnelle, on doit être moteur : lire et écrire des publications, encadrer des étudiants… Et comme le temps n’est pas extensible… Cependant, pour appartenir à un laboratoire, il faut un nombre minimum de publications (4 tous les 4 ans) d’un certain rang. Et puis les étudiants nous obligent à nous tenir informer si l’on veut bien les encadrer. Notre enseignement s’enrichit de nos recherches. Certains étudiants sont vraiment moteurs aussi, il y a une réelle co-construction ! En fin de compte cette double facette du métier nous protège de la monotonie ! Et puis la recherche est déterminante pour l’évolution de carrière. Donc si je décide de me centrer seulement sur l’enseignement, je sais que ma carrière n’évoluera pas…

Côté recherche, vous travaillez sur l’intelligence artificielle, vous pouvez nous expliquer un peu plus ?

L’IA c’est essayer de faire reproduire par la machine le raisonnement humain par exemple en situation d’apprentissage. Nous travaillons sur les systèmes multi-agents. Un agent c’est une entité avec une certaine autonomie qui collabore avec d’autres entités pour résoudre un problème ou réaliser un objectif commun. Les entités peuvent représenter un processus, un objet, un concept ou un humain. Notre travail porte surtout sur les interactions entres entités artificielles logicielles. Chaque agent a une vue locale, partielle, de ce qui l’entoure. Grâce aux interactions avec les autres agents, il accède à une vue plus globale de la situation pour mieux s’adapter à l’environnement dans lequel il évolue et qu’il ne perçoit que partiellement. Par exemple les fourmis, individuellement, on ne pourrait pas les qualifier d’intelligentes, elles ont une vue très locale mais collectivement elles arrivent à fournir un résultat intelligent. Lorsqu’elles trouvent de la nourriture, elles se chargent au maximum et laissent un traçage phéromonal. Progressivement et collectivement, elles tracent le chemin le plus court entre le nid et la source de nourriture. C’est de l’intelligence collective !

On étudie comment, en se focalisant sur des entités, on peut contrôler leurs interactions pour arriver collectivement à un résultat performant dans un domaine donné. Plus une entité est loin du but plus elle est dite dans une situation « critique ». L’objectif c’est de faire en sorte que toutes les entités aient le même niveau de criticité, que les charges soient réparties entre agents. On travaille sur la coopération et ça peut s’appliquer à la vie de tous les jours. Il faut arriver à transcrire la coopération en langage informatique !

Prenons comme exemple les véhicules autonomes, nous accompagnons une thèse sur le fonctionnement d’un collectif de voitures autonomes. Comment vont-elles coopérer ? Quand, comment et quelles informations échangent-elles pour éviter les encombrements des routes ? Une voiture pourrait proposer des solutions alternatives ou communiquer la vitesse à laquelle rouler pour que la circulation reste fluide.

Une autre recherche se centre sur le temps de reprise de conduite par l’humain ou par la voiture. Par exemple, l’humain conduit une voiture et veut lui laisser la main, comment fait-il ? Il lâche le volant ? Comment s’effectue la transition ? Comment la voiture sait qu’elle prend le relai ? Comment s’instaure une continuité dans la manière de conduire ? Et vice versa, si la voiture détecte qu’elle ne sait pas faire dans une situation, il faut qu’elle s’assure que l’humain soit en état de reprendre la main !

Comment choisissez-vous vos sujets de recherche ?

Il y a une thématique de base et des coopérations avec les entreprises par contrats ou projets voire par co-encadrements d’étudiants. Parfois, les entreprises nous sollicitent si elles font face à une problématique spécifique pour laquelle elles ne trouvent pas de solution immédiate. En leur présentant les travaux, l’état de la recherche, elles choisissent une approche qui, même si elle ne répond directement à leur problématique, leur semble intéressante dans leur démarche. Elles initient ensuite des coopérations basées sur des encadrements d’étudiants ou le dépôt de de projets communs. Là, dernièrement, il y a eu des appels de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) auxquels nous avons candidaté. Mais la concurrence est rude ! Il faut montrer l’intérêt de notre recherche pour l’industrie.

Parfois, certaines thèses sont financées directement par les entreprises qui choisissent l’étudiant qui va travailler pour elles pendant 3 ans.

Comment en êtes-vous arrivées là ?

Stéphanie Combettes : après mon bac scientifique, j’ai essayé de trouver un domaine pas trop bouché. J’ai fait par élimination et je suis arrivée à l’informatique industrielle. J’aimais déjà transmettre, j’avais envie d’enseigner. Mes parents m’ont toujours poussée à aller le plus loin possible. Quand j’ai fini mon DEA en Electronique, Electrotechnique et Automatique (EEA) s’est posée la question de l’agrégation. Ce qui me plaisait c’était l’informatique industrielle et, à l’époque, cette partie représentait seulement une toute petite part des matières au concours de l’agrégation. Je me suis donc tournée vers la thèse.

Valérie Camps : mon père était enseignant en mathématiques au collège. C’était quelqu’un de brillant qui n’avait pas pu faire ce qu’il aurait dû faire par faute de moyens. Il nous a poussés à aller toujours plus loin. Il m’a un peu « forcée » à aller en scientifique mais je me débrouillais bien. Mon entourage était dans l’informatique et j’aimais le juste équilibre théorique pratique. A Bac+5 j’ai eu la chance de poursuivre en thèse.

Comment devient-on maître de conférences et quelle évolution de carrière ?

Quand on est enseignant chercheur, il y a plusieurs grades.

Pour le grade de maître de conférences il faut avoir un doctorat et puis passer un concours en deux étapes. En premier lieu, les qualifications, il faut prouver que vous êtes « aptes » à enseigner. Ce concours est sur dossier uniquement. Ensuite cette étape validée, vous candidatez à des postes (affichés au préalable par chaque université) en déposant un dossier détaillant les activités d’enseignement et de recherche, en montrant par exemple que vous avez publié suffisamment durant votre thèse. Et ensuite il y a un oral pour chaque poste où votre dossier a été retenu.

Ensuite, on peut devenir professeur des universités. Pour ce faire il faut justifier d’un nombre suffisant d’étudiants encadrés et d’une certaine logique dans les accompagnements pour obtenir l’habilitation à diriger des recherches. On peut ensuite postuler en fonction des postes ouverts. Malheureusement le contexte a énormément évolué, il y a de moins en moins de postes. Cette année, 1 poste pour 25 places….

Pour vous quelles qualités sont nécessaires pour devenir maitre de conférence et la place des femmes ?

Persévérance, passion et curiosité… L’argent ne doit pas être une priorité...  

Et la place des femmes ?

Il y a très peu de femmes 1 pour 10 thèses… Les femmes sont moins friandes de jeux vidéo, ça pourrait expliquer le peu d’attractivité en informatique. Aujourd’hui, les jurys de thèse doivent être composés d’une moitié de professionnels de catégorie A (professeur des universités) et l’autre de B (maitre de conférences). Et depuis 3 ans, la moitié doivent être des femmes. Les femmes professeures sont donc extrêmement sollicitées

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