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Yann - Architecte "du plan à la maquette 3D"

Midi-Pyrénées - Toulouse / Publication : 11 décembre 2019
Yann, architecte au stylo clique désormais sur sa souris dans l’agence d’architecture Nobert Brail situé à Bouloc, proche de Toulouse. Tournée vers le secteur touristique et industriel, l’agence a choisi d’intégrer le BIM à sa pratique, point sur les contours que dessine ce nouvel outil…

Yann - Architecte

La modélisation a bouleversé les codes du BTP, comment l’arrivée de cette nouvelle technologie a-t-elle affecté votre métier d’architecte ?

"Le BIM* constitue une transition importante pour nous. Il donne la possibilité de faire des maquettes en 3D enrichie de toutes les informations liées à notre métier (murs, portes, poutres….). Au-delà de la représentation, c’est avant tout un moyen d’échange. Concrètement, à la place de se servir du stylo pour esquisser des plans, on créée une maquette en 3D qui évolue progressivement. Par exemple, on réalise une résidence touristique avec une charpente telle que l’on imagine. Le charpentier, avec son expertise, supprime celle que l’on avait matérialisée et y pose la sienne en 3D. Même chose pour le maçon qui va intégrer des poutres plus fines que prévues initialement. Chaque entreprise enrichit la maquette 3D en fonction de son domaine de compétences. Plus le projet avance plus on va dans le détail comme la marque des poignées, des portes, des fenêtres… Jusqu’au modèle tel qu’il est réellement construit."

C’est aussi un outil utile pour la synthèse : les bâtiments se complexifiant il peut y avoir des collisions entre fluides (gaz/électricité…) et structure. Le logiciel alerte dès qu’il repère une incompatibilité. Finalement, c’est une aide anticipée précieuse.

La modélisation permet également de montrer concrètement le projet aux clients. Ils entrent dans le bâtiment comme dans un jeu vidéo, sur smartphone, et se déplace à l’intérieur. C’est très rassurant d’avoir une représentation réelle de ce qui va sortir de terre !

Elle est aussi utile dans l’exploitation et la maintenance des futurs bâtiments, notamment les industriels. Pour changer les ampoules, par exemple, ils se réfèrent à la maquette pour connaître le nombre d’ampoules exacte et les emplacements. Ça suit la vie du bâtiment…

*Building Information Modeling

Pourrait-il exister un lien entre BIM et jeu vidéo ?

"On ne modélisera pas un personnage avec un logiciel BIM. Ceci étant, certains étudiants en cours de cursus à l’école d’architecture partent ensuite vers des écoles de graphisme ou de Modélisation.

Le logiciel de rendu que l’on utilise s’appelle "TWINMOTION", c’est un logiciel édité par "EpicGames" concepteur de jeux vidéo… Il existe une passerelle vers le jeu vidéo mais ce n’est pas évident. Certains graphistes se centrent aussi sur la création d’images pour le bâtiment. À partir de la maquette, ils créent des images photoréalistes que l’on expose aux clients. Souvent, ils ont validé une licence d’architecture et n’ont pas poursuivi."

On comprend très bien l’intérêt de ce nouvel outil de travail, mais comment gérez-vous concrètement cette transition ?

"On ne pouvait pas imaginer ne pas prendre le train en marche… Lorsque j’ai fait mes études nous étions entre le papier-stylo et l’informatique. Je fais partie de cette génération entre deux cultures car aujourd’hui, en école d’architecture, les étudiants ne touchent plus un stylo…. À l’inverse, nous avons une partie du personnel qui n’est pas du tout à l’aise avec ce côté modélisation. Ces derniers dessinent à la main et remontent le bâtiment sur ordinateur.

L’école aborde les 3 logiciels pour le BIM. C’est une initiation bien sûr car pour maîtriser l’outil en profondeur cela nécessite un temps conséquent. Notre métier est déjà très vaste, il y a beaucoup de corps de métiers différents à étudier. Dans notre cabinet, nous avons choisi de nous former à un logiciel (ARCHICAD), formation presque permanente parce que les logiciels évoluent très vite. Celui d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d’il y a 15 ans ! Heureusement les logiciels sont assez intuitifs.

Pour nos projets nous imposons le montage 3D et nous privilégions les professionnels formés au même logiciel sinon il y a un temps de formation, c’est un peu plus long."

Vous n’êtes pas devenu architecte par hasard, qu’aimez-vous dans votre métier ?

"Ce qui me plait, c’est que je rencontre beaucoup de monde à mon poste d’autant que notre périmètre est national ! Je travaille avec les clients en direct, des maires mais aussi professionnels du tourisme, industriels de tout type ainsi que tous les corps de métiers du bâtiment : du peintre, à l’électricien en passant par les voiries. Mon travail est transversal. Bien sûr on ne peut pas tout connaître, mais c’est important d’avoir une base. Personnellement je ne m’y connais pas suffisamment en électricité, en climatisation, en structure donc je m’appuie sur des personnes plus spécialisées. Je vais aussi sur le chantier rencontrer les professionnels lorsque le projet se réalise. J’aime cette alternance bureau/ chantier."

"C’est un travail d’équipe aussi, seul je ne pourrai pas réaliser ces projets. Notamment parce que l’on travaille dans l’industrie, le tourisme. Ce serait différent si j’étais architecte pour particulier. Certains font uniquement la partie chantier/travaux, d’autres s’occupent plus de dessin, d’autres encore de la partie économique et financière. Mon rôle c’est de faire en sorte que les bureaux d’études, les entreprises et l’équipe, ici, puissent travailler ensemble."

Quels seraient les inconvénients de votre métier pour vous ?

"J’aimerais faire davantage de conception… C’est un métier très technique, le dessin ne représente que 10 % du temps et pourtant c’est ce qui nous attire dans ce métier. Et malheureusement, plus j’évolue moins je dessine et plus j’ai un rôle commercial. Cet aspect-là, avec l’aspect financier, m’intéresse moins et compte pourtant jusqu’à 70 % de mon temps de travail. Au niveau économique, on est assez peu préparé alors que dans le métier c’est un point central. Le budget est la contrainte majeure de nos projets et si l’on souhaite que le projet aboutisse mieux vaut ne pas dessiner sans connaître les prix !"

Vous avez, je crois, un parcours hors du commun, racontez-nous…

"Je me suis orienté vers un bac STI option bâtiment à Gourdan Polignan, parce que je n’aimais pas tellement les matières générales. J’avais certainement les capacités mais ça ne m’intéressait pas. J’aimais dessiné, le lycée de Gourdan proposait une option dessin et l’internat. La formation m’a bien plu, c’était transversal, en plus du dessin, il y avait des ateliers plus techniques où l’on apprenait les métiers du chantier. Comme mon bac s’est bien passé j’ai continué en DUT génie civil à Toulouse. Une des orientations possibles était de travailler en bureau d’étude cette perspective ne me convenant pas, j’ai préféré basculer vers l’école d’architecture plus « artistique » où le contact avec l’extérieur tient une place importante. Grâce à une passerelle je suis rentré en 2e année. Mon bagage technique, peu abordé à l’école d’architecture, a été d’une grande aide. Certains architectes suivent un double cursus ingénieur du bâtiment/architecte. C’est une particularité française de séparer ces deux cursus. En Espagne ou au Pays Bas, les architectes sont des ingénieurs, suivent un double cursus. À l’école d’architecture, l’imaginaire est très développé. J’ai adoré apprendre à voir les choses autrement, à me décaler. On étudie l’histoire de l’art, la sociologie, mais aussi des mathématiques appliquées, de la philosophie. On passe de l’urbanisme - comment les villes ont été créées ?- au fonctionnement d’un boulon... J’ai aimé que ça parte dans tous les sens !

J’ai choisi l’alternance pour mes deux dernières années et suis resté 10 ans dans l’agence qui m’a recruté."

Un conseil à des élèves ?

"Faire des stages. L’idée que l’on se fait du métier est souvent utopique. Je vais dessiner un cinéma ! Sauf qu’il y a énormément de règlementations (handicap, incendie…) à digérer avant de pouvoir dessiner un bâtiment. Il faut faire son chemin. Au début on peut dessiner un détail comme l’extension des garages par exemple. Parfois, les jeunes qui arrivent avec une idée uniquement artistique du métier sont déçus."

 

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