Paca - Nice / Publication : 4 juillet 2014
Salomé Hannoun est déontologue dans un établissement financier. Elle nous parle de son parcours et de sa profession encore peu connue.

Deontologue

Que fait un déontologue ?

Nature des tâches

Pour protéger les états du terrorisme, du blanchiment et de la fraude fiscale, l’Autorité de contrôle permanent des établissements financiers et l’Autorité des marchés financiers mettent en place des règles de contrôle. Aujourd’hui, par exemple, tout dossier doit comporter des pièces d’identité car les clients doivent être reconnus.

Dans le domaine financier et bancaire, le déontologue est le responsable des contrôles de conformité et de la sécurité financière. A la tête de la cellule anti-blanchiment, il surveille tout mouvement de fonds suspect, demande des justificatifs aux clients. Il peut faire une déclaration de soupçon auprès de la Traque financière à Paris qui procède alors à une enquête approfondie sur des personnes évoluant souvent dans les milieux de la drogue, la vente d’armes, la prostitution, la mafia ou des personnes politiquement exposées. Le déontologue demande bien-sûr la clôture des comptes incriminés pour protéger la réputation de son établissement et assurer sa pérennité !

Il s’assure que l’établissement financier est en conformité avec les réglementations en vigueur. Par exemple, quand la loi dit que pour contacter un client, il faut avoir une carte de démarcheur, le déontologue vérifie, une fois par an, que le personnel concerné possède cette autorisation.

 Responsable du contrôle des services d’investissement de l’Autorité des marchés financiers, il met en place des procédures pour surveiller le fonctionnement des transactions boursières : se passent-elles correctement ? les produits proposés aux clients sont-ils compréhensibles ? ceux qui sont complexes sont-ils présentés aux personnes avisées et déconseillés aux autres ? Le déontologue décortique ainsi chaque produit, en analyse les avantages et les limites, vérifie que le personnel est bien formé et que les clients sont parfaitement informés ; il examine les réclamations des clients, enquête, corrige les dysfonctionnements : il y a vraiment un process des contrôles et d’études des produits.

La déontologie s’applique aux règlementations mais aussi aux personnes. Il est ainsi strictement interdit de recevoir des cadeaux de la part d’un client : il faut faire une déclaration si le cas se présente. Le personnel se doit d’éviter tout conflit d’intérêt : si un conseiller financier devient le beau-frère d’un client, ce dernier doit changer d’interlocuteur au sein de la banque! Rien ne doit entraver le libre-arbitre. Le déontologue gère donc les situations délicates, conseille sur des comportements à tenir, assure la formation des nouveaux venus et des stagiaires  sur les règles déontologiques et les interdits : il est ainsi proscrit de regarder les comptes de quiconque s’il n’est pas présent dans l’agence pour une opération : tout est tracé et la moindre opération est contrôlée par le responsable de la CNIL.

Formation

Il existe des masters en sécurité financière et conformité (compliance en anglais) mais un déontologue peut venir d’autres horizons : commerce, communication, marketing… Ce poste exige cependant une certaine maturité et de l’expérience. Des connaissances en règlementation, en droit du travail, en sécurité financière (techniques de la fraude, règlementation contre le blanchiment et le terrorisme…) sont indispensables pour acquérir une certaine expertise.

Débouchés

Selon l’organisation de la société, les établissements financiers ont un déontologue par région ou un au niveau national. Certaines banques différencient également la fonction déontologue du responsable des contrôles de sécurité financière.

Des entreprises peuvent employer des déontologues pour s’assurer de la qualité des produits et des services afin de soigner leur image.

En politique, la déontologie se développe : comment doit-on se comporter à l’intérieur d’un groupe, à l’extérieur, que peut-on dire ou ne pas dire…Tout s’enseigne…

Quel est votre parcours ?

J’ai un bac + 5 en droit et une thèse d’entreprise sur les clauses abusives dans les contrats d’assurances : la protection des consommateurs m’a tenue à cœur très tôt. Embauchée comme juriste dans une banque, j’ai travaillé sur les clauses abusives et remanié ce qui me paraissait obscur dans les contrats. Après avoir dirigé le service juridique, je suis devenue attachée juridique en matière de responsabilité pénale auprès du directeur général avant d’être promue responsable conformité sécurité financière déontologue.

Je dirige une équipe de 5 personnes (déclarants auprès de la Traque financière travaillant sur la sécurité financière, attachés conformité…). Je me déplace en Provence Côte d’Azur, dans le Var, les Alpes de Haute Provence et sur Monaco. Mon salaire est de 4500 euros nets/mois mais la rémunération est variable selon les établissements.

Ce qui me plaît particulièrement dans ce métier, c’est la rigueur qu’il demande et la notion d’éthique : je ne transige pas avec la légalité et j’aime faire appliquer la loi. Dura lex, sed lex.

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