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Revivez le tchat avec Georges Lopez, cybercriminaliste

publication : 30 mai 2011

Georges Lopez est gendarme enquêteur en technologie numérique. Son métier, plus connu sous le nom de cybercriminaliste, consiste à débusquer les auteurs d’infractions liées à la haute technologie (piratages informatiques, fraudes à la carte bancaire, affaires de mœurs...). Ce fin limier a répondu à vos questions sur son parcours, son expérience et son métier.

Georges Lopez cybercriminaliste

Georges Lopez : Bonjour, je suis Georges Lopez. Je suis adjudant-chef à la gendarmerie. Je suis affecté à l'Office [central] de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC). J'y suis depuis sa création en 2001. Je suis prêt à répondre aux questions. 

Taylorgang : En quoi consiste exactement ce métier ?

Michel : Bonjour. Votre métier est très intéressant mais mal connu, peut-on en savoir un peu plus sur vos missions au quotidien ?

Georges Lopez : Notre rôle est celui de tous les enquêteurs : enregistrer les plaintes en matière de cybercriminalité. Il s'agit aussi de rechercher les preuves, d'interpeller les auteurs et de les déférer à la justice. C'est comme tous les enquêteurs sauf que nous sommes ciblés sur la cybercriminalité.

La cybercriminalité concerne toutes les infractions liées aux technologies de l'information et de la communication. Elles sont de deux sortes :

- les infractions directement liées à la matière informatique, comme le piratage, l'atteinte d'un système de traitement automatisé de données (STAD)

-les infractions véhiculées par l'informatique et plus précisément Internet (affaires de pédophilie, de stupéfiants, de prostitution, escroqueries...).

Fabrice : Savez-vous détecter n'importe quel type d'arnaques sur le Net ?

Georges Lopez : Nous ne faisons pas de la veille sur Internet. C'est-à-dire que nous ne recherchons pas les infractions. Certains services le font mais pas nous. En général, nous sommes saisis d'une plainte pour des faits impliquant une criminalité organisée et alors, dans le cadre de cette plainte, nous effectuons des investigations. Mais nous ne surveillons pas Internet.

Charlotte : Un policier lambda ne peut pas être amené à enquêter sur le web comme vous ?

 Georges Lopez : Un policier lambda ne dispose pas de la formation technique nécessaire pour réaliser l'ensemble des investigations dans le domaine des technologies numériques. Il pourra faire des constatations de base et quelques investigations basiques mais sera rapidement limité par ses compétences techniques.

Aurania : Bonjour. Avant tout, merci. Ensuite j'aimerais savoir comment être cybercriminaliste ?

phil : Comment devenir cybercriminaliste ? Une passion ?

Georges Lopez : Déjà on distingue plusieurs sortes de cybercriminaliste : un expert judiciaire en informatique en est un, par exemple. Pour être expert judiciaire, il faut avoir une bonne connaissance en informatique et être inscrit sur la liste des experts auprès d'une cour d'appel.

Le policier ou gendarme peut aussi être un cybercriminaliste. Pour le gendarme c'est le N-Tech (enquêteur en technologie numérique). Pour le policier c'est ICC (investigation en cybercriminalité).

On peut aussi être ingénieur spécialiste en sécurité et être requis dans un cadre judiciaire compétent.

marine : Est-ce qu'il faut avoir des notions de droit ?

Georges Lopez : Le concours généraliste pour devenir policier ou gendarme nécessite des compétences en droit.On a plus de profils liés au droit qu’à l'informatique. Cela va de la licence en droit jusqu'au master. C'est mieux d'avoir des connaissances en droit parce que c'est l'essence même du métier.

melvin : Il vaut mieux faire des études d'informatique pour devenir cybercriminaliste ?

Georges Lopez : Le concours généraliste nécessite des compétences en droit. Ensuite celui qui a un bagage informatique pourra se diriger plus facilement sur le métier de cybercriminaliste. La formation initiale pour être policier ou gendarme est donc basée sur des connaissances en droit.

mirage94 : Faut-il passer par l'école des officiers de la gendarmerie ?

Georges Lopez : Il faudra passer par une école d'officiers, de sous-officiers ou par une école de gardiens de la paix.

jérémy : Quel parcours ou formation (BTS, DUT, Master...) avez-vous fait pour être devenu un cybercriminaliste ?

madeleine : Quels ont été vos débuts dans le monde du travail ?

Turlutu : Quel parcours avez-vous fait ?

Georges Lopez :J'ai fait un bac ES (à l’époque appelé bac B) puis j'ai passé le concours de la gendarmerie nationale. J'ai suivi une formation initiale en un an sur Paris. J'ai été gendarme dix ans en brigade territoriale avant d'intégrer la Sccopol, Section centrale de coopération opérationnelle de police, à Paris où je gérais le réseau informatique gendarmerie. J'y suis resté pendant 6 ans.

En 2001 s'est créé l'Office central de lutte contre la cybercriminalité, que j'ai intégré à partir de 2002. Je n'avais pas de formation en informatique à la base. J’étais autodidacte en matière d'informatique.

Maximis : Peut-on faire votre métier sans être un pro de l'informatique ?

Georges Lopez : Tout à fait, il faut néanmoins ne pas être réfractaire à l'informatique mais pour beaucoup d'affaires les connaissances techniques mises en œuvre ne sont pas de très haut niveau. En revanche, certaines affaires nécessitent de réelles compétences et nous disposons de personnels particulièrement affûtés pour les résoudre.

melvin : Est-ce qu'il y a un âge limite pour entrer dans les écoles d'officiers ?

Georges Lopez : Sous réserve de confirmation auprès d'un centre de recrutement, il me semble que via les parcours universitaires, l'âge limite est de 27 ans pour les écoles d'officiers. Il faut aussi disposer d'un titre professionnel inscrit au registre national des certifications professionnelles de niveau 1. Il y a également des possibilités en interne : on peut déposer un dossier jusqu'à 36 ans.

mirage94 : Bonjour monsieur, je suis actuellement au lycée en 1re ES et je souhaiterais avoir des informations concernant les études qu'il faut faire après le bac pour accéder à ce métier.

Georges Lopez : J'ai fait moi-même un bac ES. Si on veut vraiment se diriger vers la cybercriminalité, un DUT informatique, ou mieux, une école d'ingénieurs, sera plus adapté.

marine : C'est facile pour une fille ?

Georges Lopez : Il faudra passer par des épreuves communes aux gendarmes ou policiers. Ensuite il n'y a pas de souci, au contraire. On a peu de personnel féminin dans la cybercriminalité. Il y a des places à prendre pour les femmes. Ce métier n'est pas plus difficile pour les filles que pour les garçons.

Taylorgang : Quel filière prendre après la 3e ?

Georges Lopez : Il faut avoir soit un niveau bac ou un équivalent. Si on n'a pas le niveau bac, on peut faire policier auxiliaire ou gendarme volontaire et en interne présenter le concours qui n’est normalement ouvert qu'aux bacheliers.

 Nad : Je suis actuellement en classe de 3e et j'aimerais moi-même devenir policière. Malheureusement, je ne sais vraiment pas dans quelle branche, car, comme vous le savez, il y a plusieurs domaines dans la police. J'aimerais savoir comment vous avez fait pour choisir votre branche et pourquoi celle-ci. Merci.

Georges Lopez : La vie professionnelle ou personnelle vous conduit à faire des choix. Quand je suis rentré dans la gendarmerie je n'avais pas de spécialisation en tête au départ.

Sara : Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité ?

Georges Lopez : J'ai décidé de me spécialiser dans la cybercriminalité car j'ai toujours été passionné d'informatique.

Latifa : Vos investigations visent-elles des particuliers ou des entreprises ?

Georges Lopez : C'est varié. Cela peut aussi bien être des particuliers que des entreprises. Dans mon service on traite de la cybercriminalité organisée et transnationale. Mais la cybercriminalité sur le terrain, au niveau territorial, concerne autant les particuliers que les entreprises.

zaguedan : Comment enquête-t-on sur une affaire de criminalité informatique ?

Georges Lopez : De la même façon que pour toutes les enquêtes : on recueille des preuves. Ça consiste, par exemple, à rechercher des informations réputées effacées sur un disque dur.

Sur une attaque, on peut essayer de déterminer comment le pirate a fait pour réaliser son attaque, en faisant des analyses des journaux de connexion (log), et remonter jusqu'à lui : c'est la rétro-ingénierie.

Gaels245 : Quelle est une journée type ?

Georges Lopez : Une journée peut commencer par une perquisition à 6h du matin au domicile de l'auteur de piratages informatiques, par exemple. On se concentre sur son matériel : analyse de ses emails, traces d'exploitation, on tente de retrouver des éléments. Par la suite on réalise des rapports techniques qui sont transmis à un magistrat (en charge du dossier) pour poursuivre la procédure judiciaire.

En résumé, mon quotidien consiste à mener des investigations dans le cadre d'enquêtes liées à la cybercriminalité : cela passe par des écoutes-interceptions, des filatures, des réquisitions, des auditions, etc.

phil_1 : Est-ce un métier dur ? Faut-il des qualités particulières ?

Georges Lopez : Ce sont les mêmes qualités que pour un enquêteur : il faut être curieux, organisé, faire preuve de ténacité, ne pas "lâcher l'affaire" !

Julian : Votre profession comporte-t-elle des risques ?

 Georges Lopez : Bien entendu comme tout policier ou gendarme, après les investigations, il y a le temps des interpellations. La finalité est la même quel que soit le type d'infractions : il faut rassembler les preuves, rechercher les auteurs et les déférer à la justice.

Gauthier : Subissez-vous un stress important au travail avec la peur de se faire découvrir ou autre ?

 Georges Lopez : Si on fait une "cyberpatrouille", c’est stressant parce qu’il faut ne pas se faire démasquer. Une cyberpatrouille, c'est utiliser une identité d'emprunt pour communiquer avec des auteurs d'infractions sur Internet.

 Si on a 40 ans et qu'on est un cyberpatrouilleur et qu'on se fait passer pour une fille de 12 ans pour traquer un pédophile, la situation est stressante.

On a des procédés à mettre en œuvre pour ne pas se faire démasquer. Ces procédés sont élaborés avec un psychiatre. Ils consistent, par exemple, à imaginer des scénarios à suivre en fonction des situations possibles...

Mais on ne doit jamais faire de la provocation, on ne doit pas amener quelqu'un à commettre une infraction. Notre rôle est d’aller sur les forums pour repérer les auteurs d'infractions...

mirage94 : Est-ce que vous concentrez vos recherches également sur les blogs pour ce qui est des affaires de pédophilie ou autres ?

Georges Lopez : Les affaires de pédophilie ne sont pas notre cœur de métier. Les services spécialisés pour la protection des mineurs et de la famille se chargent de ce type de situations et sont compétents pour traiter les affaires qui concernent Internet.

phil_1 : Etes-vous nombreux en France ?

Georges Lopez : On est environ 600 en France, policiers et gendarmes confondus.

clement_37 : Est-ce que vous allez régulièrement sur le terrain ? Si oui, à quel rythme.

Georges Lopez : Ça dépend du profil du cybercriminaliste : il y en a qui font la partie terrain et technique et d'autres qui se focalisent sur la partie technique, uniquement l’analyse des disques durs. Je m'occupe de former 300 des 600 enquêteurs sur la partie technique.

Lionel : Quelles sont les infractions les plus courantes sur le Net ?

Georges Lopez : Ce sont les escroqueries.

Pierre D : Est-ce que c'est possible d'effacer toute trace numérique ?

 Georges Lopez : C'est possible. Je fais un parallèle avec les gants. Si vous mettez des gants, vous ne laissez pas d'empreintes. Mais en informatique, il est possible de se faire attraper beaucoup plus facilement que si on mettait des gants.

Mohamed : Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Georges Lopez : Tenter de rendre plus sûr le formidable espace offert par Internet.

flo : Dans une enquête, la recherche de preuves numériques n'est-elle pas systématique aujourd'hui ? Est-ce que vous n'êtes pas sollicité pour chaque enquête ?

Georges Lopez : On a cette problématique ainsi que l'augmentation de la taille des supports et de leur diversité.

J-B du 14 : Est-ce qu'Internet a augmenté le nombre d'escroqueries en France ? Est-ce qu'on peut le mesurer ?

Georges Lopez : Il est certain qu'Internet a facilité le travail des escrocs. Ce qui se passe sur Internet peut sembler virtuel. Mais il faut faire preuve de vigilance quand on est sur Internet, car les conséquences sont bien réelles.

Chacha : A quoi reconnaît-on un hacker ? Y a-t-il un profil type que vous avez appris à reconnaître ?

Georges Lopez : Avant, les hackers étaient souvent plutôt jeunes. Aujourd'hui, on fait face à des réseaux de criminalité organisés. Les délinquants se sont rendu compte que le risque physique était moindre pour une cyberattaque que pour un braquage.

mirage94 : J'ai souvent entendu dire que les gens qui se font escroquer habitent à des milliers de km des escroqueurs. Comment faites-vous dans ce cas lorsque la personne porte plainte ?

Georges Lopez : On utilise les modes de coopération policière et judiciaire qui nous permettent de prendre contact avec les polices de pays concernés via Europol et Interpol.

ecolo123 : Combien gagnez-vous ?

Georges Lopez : Le salaire n'est pas lié au métier de cybercriminaliste mais à la grille de salaires de la fonction publique.

Olivia : Quelles compétences il faut pour exercer ce métier ?

Georges Lopez : Etre en premier lieu un policier, disposer d'une solide formation en police judiciaire et avoir des compétences avérées en informatique.

ETIENNE : Votre métier est-il "usant" ? Serez-vous cybercriminaliste encore longtemps ? Ou envisagez-vous d'autres spécialisations futures ?

 Georges Lopez : C'est un métier usant en effet. La traque sur Internet, les gardes à vue de 48 voire 96 heures sont usantes. Le fait

d'être dans un cursus lié à la fonction publique va me contraindre à m'orienter vers une autre voie.

Ame perdu : Est-vous en relation avec Hadopi ?

Georges Lopez : On a des contacts avec les acteurs de l’Internet et de la protection des droits liés à la propriété intellectuelle.

mirage94 : Y a-t-il des entreprises privées dans ce secteur ?

Georges Lopez : Oui, les experts judiciaires peuvent être regroupés sous une entreprise et font de la cybercriminalité leur activité.

phil_1 : Quels conseils pouvez-vous nous donner si on est passionné et qu'on veut se lancer dans le métier ? Peut-on faire des stages par exemple ?

Georges Lopez : Non, ce qu'il faut c'est clairement se diriger vers une formation liée à l'informatique et aux réseaux. Bien se préparer ensuite aux concours de policiers et de gendarmes. Le reste devrait suivre.

Modérateur : Le tchat se termine. M. Lopez, le mot de la fin ?

Georges Lopez : C'était une première expérience très intéressante. J'espère avoir transmis ma passion pour ce métier à de futurs cybercriminalistes. Le fait de rendre Internet plus sûr est déjà une bonne chose de faite !

phil_1 : Très intéressant, merci !

Leni : Merci beaucoup !

marine : Merci

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