Choisir mes études
2012, 2013… Le vent de fusion des écoles françaises de commerce et gestion s’accélère. Les étudiants doivent-ils s’en inquiéter ? Éclairages avec 5 directeurs d’école.
© Skema Nice
Skema, fusion de Ceram et de l’ESC Lille, doit encore imposer son nom dans le petit monde des grandes écoles de commerce.
Novancia, France Business School, Ecole de management de l’arc du Sud… Vous ne connaissez pas ces établissements ? Normal, ils font partie des nouvelles écoles de management issues de projets de fusion. Des projets qui ne sont pas sans provoquer des réactions en chaîne : d’autres écoles peuvent se regrouper en réponse, ou bien développer d’autres types d’alliances. Entre anciennes écoles et nouvelle offre, comment décrypter cette nouvelle donne ?
"La fusion de l’ESC Tours et Poitiers a été un succès. Il y a eu une montée incontestable des 2 écoles dans les classements, ainsi qu’un gain d’accréditations (Equis, AACSB)", défend François Duvergé, directeur de l’Escem. Si, jusque-là, les fusions ont été des succès, "cette évolution n’est ni une fatalité ni une recette", prévient Alice Guilhon, directrice de Skema. Car "tout dépend des conditions", poursuit-elle. Il faut donc regarder au cas par cas. Ce qui implique un travail supplémentaire d’information pour le futur admis. En plus de s’intéresser à la réputation de chacune des écoles, il lui faut également analyser le projet de fusion. Mais que regarder ?
Pour Bernard Ramanantsoa, directeur d’HEC, "l’étudiant doit regarder le taux d’encadrement (ratio : nombre de professeurs/nombre d’élèves) plus que l’augmentation du nombre d’étudiants. Car, dans une fusion, ce sont souvent des économies d’échelle qui sont recherchées". "Il faut aussi une stratégie car la fusion pour la fusion est une catastrophe, avertit Alice Guilhon. Il est important que le projet repose sur un objectif pédagogique fort."
Au-delà des mots... Mais attention à la communication des écoles, bien placées pour trouver des concepts séduisants là où les économies d’échelle peuvent être la première motivation. "Les fusions sont déclenchées par la baisse des ressources financières (de la taxe d’apprentissage et de la taxe professionnelle). Faire plus avec moins oblige les écoles à rechercher de nouveaux financements (les chaires, augmenter les frais d’inscription, etc.)", développe Edgar Gnanou, directeur de l’EDC et ancien secrétaire général de l’ESCP-EAP.
Selon une étude de la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises) menée auprès des écoles en 2010, les avantages recherchés prioritairement dans une opération de rapprochement sont les suivants : augmenter son potentiel de recherche (22 %), s’internationaliser (16 %), accroître ses ressources (13 %), rechercher une taille critique (11 %), différencier son offre de formations (10 %), obtenir des économies en termes de coût (11 %) et monter dans les classements (9 %).
Plus de moyens. Chez Skema, "le nouveau business model a permis de lever des fonds en autofinancement. Nous avons embauché 13 professeurs en plus depuis la fusion", se félicite sa directrice. "Il y a un effet mécanique sur les classements, issu de l’addition de la recherche et des partenariats", pointe de son côté François Duvergé. "Pour France Business School (FBS), ce sera environ 10 000 étudiants et plus de 400 partenariats avec des universités étrangères", annonce François Duvergé, le directeur à l’origine du projet. "Nous capitalisons sur les points forts des 2 écoles", prêche la directrice de Novancia, Anne Stéfanini. "Nous avons des nouveaux locaux, plus grands, conformes aux normes des personnes à mobilité réduite de 2015."
Une offre plus lisible. "La baisse du nombre d’écoles doit permettre une hausse de la qualité, soutient Anne Stéfanini. Même après concentration des écoles, un écart demeurera entre les écoles accréditées au niveau international (Equis, AACSB) et les autres."
"Il y a un effet cumulatif des atouts mais également des faiblesses : comment faire travailler ensemble ceux qui ont pendant des années été concurrents ? Comment organiser la gouvernance ?" s’interroge le directeur de l’EDC. La mauvaise intégration des cultures est le cas le plus fréquent des échecs dans les fusions. Cause la plus redoutée par les directeurs des grandes écoles, selon l’étude de la Fnege.
Notoriété à conquérir. "Une chose encore plus difficile à prédire est de savoir si la nouvelle marque créée va être puissante", met en garde le directeur d’HEC. Skema, Novancia… Le changement de nom, sur lequel il faut communiquer, est un processus long et risqué. Audencia (ex-ESC Nantes) aurait mis plus de 15 ans à imposer son nom. Selon un sondage Passerelle-Ifop de février 2012, "31 % des DRH déclarent recruter en fonction des diplômes d’excellence, et 29 % par tradition". Alors, quand un nom de diplôme vient à disparaître…
E-réputation à soigner. Autre menace, le mécontentement des étudiants déjà inscrits qui peut nuire à la marque. En 1999, les anciens élèves de l’EAP ont protesté contre la disparition de leur nom d’école. Plus récemment, les élèves de l’Escem se sont plaints sur Internet d’avoir comme partenaires, dans la future FBS, des écoles moins cotés.
Un colosse aux pieds d’argile ? Une trop grande taille peut être aussi un handicap : perte d’un lien étroit avec les entreprises, et moins bons services pour les inscrits. "Nous sommes enracinés dans les territoires, avec des campus à taille humaine", veut rassurer Alice Guilhon.
"Pourquoi les écoles fusionnent-elles ? s’interroge le patron d’HEC. Je ne vois pas de phénomène similaire à l’étranger. Dans notre école, nous scellons des alliances complémentaires."
Plus de choix. Et de poursuivre : "Nos diplômés ont par exemple la possibilité d’obtenir une double compétence en management et technologie avec nos écoles d’ingénieurs partenaires." L’école de Jouy-en-Josas développe aussi des partenariats avec d’autres types d’écoles telles que Sciences Po ou Agro Paris Tech et dans le cadre du plan campus avec l’Ensae, l’ENS Cachan et Polytechnique pour créer le premier pôle d’économie français.
Réfléchir à son projet. Quelle que soit la formule privilégiée, n’en restez pas à la lecture des classements, car l’heure est à la coopération entre établissements. Plus qu’une école bien classée, bien étudier les plaquettes des écoles afin de voir si leur offre, de partenariats notamment, convient à son projet est une démarche indispensable. De quoi compliquer encore le choix, mais offrir plus de variété à l’étudiant.
Alice Guilhon, directrice de Skema :
"La fusion n’est ni une fatalité ni une recette."
© Skema
Anne Stéfanini, directrice de Novancia (Advancia Négocia) :
"Les fusions concourent à créer plus de lisibilité dans l’offre."
© Élie / Novancia
Bernard Ramanantsoa, directeur d’HEC:
"Regardez le taux d’encadrement (…) plus que le nombre d’élèves in fine."
© HEC
François Duvergé, directeur de l’Escem :
"Il y a un effet mécanique de la fusion sur les classements : la recherche, les partenariats, etc."
© Escem
Edgar Gnanou, directeur de l’EDC
"Une fusion n’est jamais bonne en période de difficultés financières."
© EDC
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