Emploi : s’appuyer sur les compétences des jeunes autistes
Date de publication : 11 février 2026
Une douzaine d’entreprises implantées dans des secteurs variés embauchent de jeunes autistes sévères qui bénéficient d’un accompagnement adapté proposé par l’association VETA. Reconnu dans le cadre d’une politique publique, ce dispositif vise un déploiement dans chaque département.
Les personnes autistes sont formées à leur poste avec un accompagnement adapté.
Compétents et performants
Plus de 10 ans après la première embauche en CDI d’un jeune autiste sévère par Andros, le dispositif porté par l’association VETA (Vivre et travailler autrement) essaime dans toute la France. Aujourd’hui, une soixantaine de jeunes autistes sévères prennent chaque matin le chemin du travail, dans des secteurs aussi divers que la grande distribution, la Défense ou le Luxe… “Les entreprises souhaitent volontiers embaucher ces jeunes, sous réserve que leurs compétences, qui sont les compétences particulières des personnes vivant avec un handicap, en l'occurrence les autistes sévères, répondent à leurs besoins.", résume Jean François Dufresne, président de l'association VETA. Les jeunes accompagnés sont autistes dits sévères, souvent non verbaux ou non communicants. Ils ont pour la plupart entre 20 et 30 ans. “Ces jeunes savent travailler, et très bien ! Ils ont des compétences exceptionnelles. Sur certains postes, leur fonctionnement très spécifique, couplé avec un environnement adapté et un accompagnement personnalisé, fait d’eux des salariés très performants. Leur handicap apporte une plus-value aux entreprises, et ces dernières sont pleinement satisfaites ! Le succès de ces dispositifs c’est grâce à eux, c’est le leur ! “ se félicite Jean François Dufresne.
Une nouvelle dimension
Créée fin 2014 dans une usine du groupe Andros, VETA est une association qui fonctionne comme une sorte de franchise sociale. Elle met à la disposition d’entreprises, d’acteurs publics et médico-sociaux, une méthode et des outils au bénéfice de l’insertion d’adultes autistes. 2025 a marqué une étape importante pour l’association. “À la suite de la reconnaissance interministérielle, nous sommes passés d’un dispositif expérimental à une politique publique recommandée, avec un cahier des charges et avec un canal de financement. S’il existe aujourd’hui 13 dispositifs, l’objectif est d’en développer une centaine dans les années à venir".
Ces dispositifs VETA s'appellent désormais SAMSAH Emploi-habitat. Il s’agit de mettre en place, sur chaque département, un dispositif d’emploi et d’habitat dans le milieu ordinaire pour les adultes avec trouble du spectre de l’autisme et trouble du développement intellectuel associé. "Notre ambition est de démontrer que l'emploi des personnes autistes sévères est non seulement possible mais bénéfique pour tous : pour l'entreprise, pour les jeunes autistes et plus largement pour la société tout entière", souligne Jean François Dufresne.
Parmi les grandes entreprises qui ont rejoint le dispositif, on peut citer la première, Andros, L’Oréal, les maisons du groupe LVMH... "Notre rôle est d’identifier les financeurs publics (Conseil départemental, ARS (Agence régionale de santé)), les différents acteurs médico-sociaux (foyers de vie, établissements et services d’aide par le travail, associations) qui deviendront à terme les porteurs de projets, et mettront des salariés à disposition pour accompagner dans l’emploi et l’hébergement les jeunes autistes. Nous nous assurons que la méthodologie est respectée et supervisons le projet."
Formation en situation et accompagnement global
Pendant deux à six mois, VETA intervient dans et avec l’entreprise et réalise une étude sur la faisabilité d’accueil d’un groupe d’adultes autistes à mi-temps : postes adaptables, compétences attendues... Puis, les structures médico-sociales vont chercher en leur sein ou à l’extérieur des usagers correspondant aux profils recherchés, en capacité de travailler en fonction des compétences demandées. Les dossiers sont évalués lors de commissions auxquelles participent les différentes parties prenantes et présentés à l’entreprise qui les valide. Aux personnes autistes retenues est proposé un emploi à mi-temps tous les matins du lundi au vendredi avec une période d’essai de 6 mois, qui peut aller jusqu’à un an, avant la signature d’un CDI. L’entreprise ne finance que les salaires. Elles sont formées à leur poste avec un accompagnement adapté de façon personnalisée : séquençage des tâches, supports visuels, marquages…
La prise en charge est globale, avec un habitat ouvert durant la semaine ou à plein temps (week-end et vacances compris) pour ceux qui le souhaitent ou en ont besoin. Tous bénéficient d’un accompagnement personnalisé les après-midis de la semaine dans les actes de la vie quotidienne : cuisine, courses, ménage, budget… et des activités variées de loisirs, de détente ou d’apprentissage, pour leur permettre de progresser et de gagner en autonomie.
"Aujourd’hui, près de 45 entreprises attendent de monter des dispositifs et un certain nombre de pays nous sollicitent pour bénéficier de notre expérience. L’objectif, c’est d’avoir le plus grand nombre d’associations mobilisées en faveur de l’emploi des personnes autistes sévères, sachant qu’ils sont 100 000 à être susceptibles de rentrer dans ces dispositifs", rappelle Jean-François Dufresne. Le chemin est encore long, mais nous avons beaucoup avancé et l’important est que nous soyons de plus en plus nombreux à y croire !"