Portrait

Alban, analyste images dans l'Armée
de Terre

Au sein du 61e régiment d'artillerie de Chaumont, spécialisé dans le renseignement image et surnommé "les yeux de l'Armée de Terre", Alban est chargé d'analyser et d'interpréter les images issues de satellites. Il nous explique son métier stratégique, au cœur d'une unité "secret défense".

Image d'illustration, crédit photo ci-après

Une mission secret défense

"J'exerce mon métier au sein d'un bâtiment où peu de personnes peuvent entrer...", introduit Alban, qui travaille au CRIT (centre Renseignement Imagerie Terre) du 61e régiment d'artillerie de l'Armée de Terre. Devant son écran, il analyse et interprète les images (prises de vues, photos, vidéos) prises par des satellites. Une activité stratégique. "Je demande au satellite de capter une zone avec les coordonnées géographiques transmises par mes supérieurs. Je vérifie la qualité, j'exporte l'image sur nos plateformes et je l'analyse. Je recherche des éléments, des informations, je regarde les mouvements... Ce temps d'analyse dépend de la zone de recherche, qui peut aller de 1 à 10 km." Alban apprécie l'autonomie que lui offre ce poste. "Je suis seul face à mon écran, à chercher des réponses." Ses conclusions, sous forme de synthèse, sont ensuite récupérées par les exploitants et officiers de renseignement pour être utilisées.

© Alain Potignon

Veille stratégique

Une partie du métier d'Alban est de faire de la veille stratégique depuis son régiment. "Il s'agit de surveiller diverses bases dans le monde, ou les conflits mondiaux en cours ou passés." Parmi les éléments qu'il repère : du matériel, des véhicules, des bâtiments... "On peut par exemple faire ressortir tous les abris à munition, pour savoir où sont les cibles. On recherche principalement des armes, pour estimer les capacités de l'adversaire. On peut aussi travailler sur de la végétation, sur l'aménagement d'une surface, faire une analyse de terrain pour savoir si nos troupes peuvent passer ou non par exemple. On va regarder aussi le mouvement des véhicules sur plusieurs jours."

Sur le terrain

Alban part également en mission à l'étranger. Il a été déployé pour la première fois aux Émirats Arabes Unis, puis au Tchad, au Liban... "Les missions durent en général de 2 à 4 mois. Chacune est différente et nécessite des compétences variées, car on peut être amené à analyser des images prises d'un rafale, d'un avion de chasse, d'un hélicoptère, d'un drone.... pas seulement d'un satellite." L'analyse image fait partie intégrante de l'opération sur place. "On dialogue directement avec ceux qui vont utiliser les images, donc on peut avoir des informations un peu plus précises, et on peut conseiller directement nos chefs. On est complètement dédié à la mission, c'est ce que j'aime sur le terrain."

Confiance et curiosité

Dans ce métier, il faut avoir confiance en soi. "Il faut être sûr de ce que l'on analyse. Parce que cela peut mener à une opération, à mettre en danger des vies... C'est une vraie responsabilité". La curiosité est également indispensable. "Je ne dois pas juste constater que je vois un véhicule mais me demander pourquoi il est là, s'il en a le droit, s'il a bougé... Il faut pousser la recherche."