Portrait

Stéphanie, analyste OSINT (renseignement de sources ouvertes)

Indépendante, Stéphanie possède plusieurs casquettes, dont celle d’analyste OSINT. Véritable cyberinvestigatrice, elle analyse les photos d’objets retrouvés sur des scènes criminelles, afin de faire avancer des affaires encore non élucidées. "Ces dernières années, j'ai mené 10 à 15 investigations en parallèle."

Image d'illustration, crédit photo ci-après

Qui fait appel à une analyste OSINT ?

L’OSINT ("open source intelligence", ou renseignement de sources ouvertes) signifie que l’analyste cherche des réponses à ses questions en s’appuyant sur des sources ouvertes (accessibles à toutes et à tous). Je fais partie de l’association OSINT-FR, pour laquelle je suis spécialisée dans la lutte contre la pédocriminalité. Trois organisations internationales, connues du grand public, luttent contre la criminalité : Europol en Europe, le FBI aux États-Unis et l’AFP en Australie. Parfois, elles ne parviennent pas à localiser les auteurs de crime sur des enfants, malgré leurs investigations pointues. Elles publient alors sur leur site des photos d’objets issus de ces scènes pédocriminelles : une bouteille de shampoing dans une salle de bains, un uniforme scolaire, un jouet… C'est là que les analystes OSINT entrent en action.

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Quelles sont les missions d'une analyste OSINT ?

Mes champs de spécialisation sont liés au travail sur les images (IMINT, pour "imagery intelligence", ou renseignement par imagerie), la recherche géospatiale (GEOINT, pour "geospatial intelligence"), et la recherche de données personnelles. Pour OSINT-FR, à partir de ces objets visibles sur des photos de scènes de crime, nous travaillons en groupe : nous émettons des hypothèses, cherchons ensemble ou séparément, et lorsque nous trouvons, nous consignons les preuves dans un rapport que nous transmettons au service de police concerné. Chaque mission peut prendre quelques heures (c’est rare) ou plusieurs mois.

Quelles actions concrètes mettez-vous en place pour identifier un objet ?

Prenons l’exemple d’une bouteille de shampoing dans une salle de bains : nous allons la prototyper à partir de nos hypothèses et la décrire dans un moteur de recherche textuelle ou par l’image, en lui donnant toutes les informations ou hypothèses en notre possession. Nous pouvons ainsi remonter jusqu’à l’origine de l’objet, puis à ses fabricants, ses exportateurs/importateurs, ses vendeurs, afin de localiser la zone de vente, d’achat et d’utilisation. Une fois ces éléments réunis, nous les envoyons aux services de police concernés (FBI, Europol ou AFP).

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?

Sans hésiter : le sens du détail, la patience, le recul et la ténacité. Il faut également accepter les défis. Mon travail est parfois silencieux, solitaire, mais je partage également beaucoup avec mes collègues, donc il est nécessaire d’apprécier le travail communautaire avec ses pairs.

Quel a été votre parcours pour devenir analyste à partir de sources ouvertes ?

J’ai débuté dans le champ de l’action sociale et de la santé mais je souhaitais élargir mon champ d’action et avoir un impact plus grand. Formée à la cyberinvestigation en autodidacte et grâce à mes pairs que je continue de lire, écouter et regarder beaucoup, j’ai aussi participé à des CTF sur cas réels. Et chaque jour, chaque recherche est une école. À ce propos, j’enseigne aussi l’OSINT, notamment dans plusieurs universités.