Sport de haut niveau
Des sportifs racontent leur parcours
Date de publication : 11 février 2025
Ils ont choisi de faire du sport à haute dose et le sport les a choisis ! Cinq sportifs et sportives de haut niveau en basket, football, judo, paracanoë et volley nous racontent leur parcours, les entraînements, les montées d'adrénaline, les moments difficiles et leurs projets pour après. Top départ !
Comment bascule-t-on dans le haut niveau ?
Fille de basketteurs professionnels, Téa commence le basket à 3 ans. Au collège, elle entre en section sportive scolaire tout en étant licenciée au club de Dunkerque. En 4e, elle intègre le pôle Espoirs de Wattignies et un nouvel établissement scolaire à Lille. Puis lors d'un tournoi à Bourges, réservé aux équipes internationales féminines de la catégorie U15, l’Insep la détecte. En 3e, Téa quitte donc le Nord pour Paris et le pôle France à l’Insep. "Pour la première fois, je porte le maillot de l’équipe de France et chante la Marseillaise avant le match. Ce moment restera gravé dans ma mémoire !"
À quoi ressemble une journée type ?
Les journées sont bien remplies ! La joueuse se lève à 7 h pour aller en cours de 7 h 55 à 10 h 35. Elle enchaîne avec l’entraînement de 11 h à 13 h, puis repart étudier de 14 h 30 à 16 h 15. "Je retourne au gymnase de 16 h 30 à 18 h, ensuite détente et dîner puis, le soir, je vais à l’étude de 20 h 30 à 21 h 45." Au programme, endurance et régularité, donc. "Je rentre dans le Nord uniquement pendant les vacances scolaires."
Le plus difficile ?
Pour Téa, cela a été la transition entre le pôle Espoirs et le pôle France niveau Nationale 1 en 15-17 ans. "On a des joueuses plus expérimentées en face de nous, et non plus les filles de notre âge qu’on dominait jusqu’ici. Les coachs en attendent beaucoup plus, car nous représentons le potentiel de notre génération." Quant au fait de vivre loin de ses amis et de sa famille, Téa "gère", d’autant que l’ambiance entre les filles à l’Insep est plutôt bonne. "Puis, j’appelle régulièrement mes copains et mes proches."
Facile de concilier collège et compétitions ?
"Oui, même si c’est parfois fatigant", reconnaît la meneuse. Au pôle France, la concurrence est plus forte. Mais la jeune fille est portée par la compétition. "J’ai toujours envie de gagner, aussi bien en match qu’à l’entraînement. Je sais qu’il faut travailler toujours plus pour aller plus haut." Côté cours, elle apprécie l’étude le soir, car cela l’oblige à réviser les cours régulièrement.
Et après ?
Téa aimerait exercer dans le sport et, si possible, dans le milieu du basket, comme kinésithérapeute ou journaliste.
Un conseil ?
"Ne rien lâcher." Écouter les conseils du coach, rester plus longtemps aux entraînements, même si c’est dur par moments. "Physiquement, les jambes font mal, et mentalement, les entraîneurs nous poussent au maximum, mais il faut en passer par là pour y arriver."
Comment gravir les échelons jusqu’au haut niveau ?
Pour Sarah-Léonie, comme pour beaucoup de jeunes talents, le parcours se dessine au fur et à mesure, à force d’endurance, d’assiduité et de passion. La judokate intègre le pôle Espoirs de Reims alors qu’elle est en 3e, puis le pôle France de Strasbourg en 1re, avant de pousser les portes de l’Insep. "On gagne des compétitions progressivement. Les cadres sportifs nous repèrent puis nous proposent d’aller chaque fois encore plus haut."
Difficile de concilier études et parcours sportif ?
Grace aux aménagements mis en place, la judokate n’a pas de mal à suivre son double parcours. Au collège, en pôle Espoirs, elle quitte l’école plus tôt pour aller à l’entraînement. Au lycée, au pôle France, elle passe son bac général en 3 ans, 18 mois en 1re et 18 mois en terminale. "En arrivant à l’Insep, j’ai apprécié que la structure sportive et l’université soient sur place, car cela évite de courir partout", reconnaît-elle.
La reconversion, on y pense ?
Oui, la sportive de haut niveau l’a anticipée, après avoir arrêté sa licence STAPS, qui ne l’intéressait pas. "La Fédération de judo m’a proposé d’intégrer le dispositif athlètes SNCF en signant un contrat d’insertion en tant qu’agent d’escale. C’est rassurant d’avoir un projet professionnel à long terme pour pouvoir se concentrer sur sa carrière sportive."
Sur le podium et en entreprise : le grand écart ?
"Non, cette année, je suis détachée exceptionnellement pour la préparation aux JO. Sinon, je dois travailler 50 jours par an, soit 1 jour par semaine au minimum." Sarah-Léonie apprend à s’adapter à d’autres codes, au travail entre collègues, à l’interaction avec le client. Puis elle aime changer d’environnement, avoir d’autres discussions que celles liées au sport.
Qu’est-ce qui fait vibrer le plus ?
"La compétition ! Être la plus forte de ma catégorie, en France puis à l’international." À l’Insep, c’est un autre mode de vie, on entre dans la cour des grands.
Et après ?
"J’espère concourir aux trois prochaines olympiades. Professionnellement, la SNCF connaît mes attentes : devenir agent de sureté cynophile (avec un chien), car je rêve depuis toute petite de travailler avec des animaux." Sarah-Léonie se formera en ce sens après sa carrière de judokate.
Comment passe-t-on du volley loisir au haut niveau ?
Pour Nathan, tout a décollé en classe de 3e grâce à deux coachs dans son club de Coutances qui l’ont préparé à intégrer le pôle Espoirs de Dinard. "En plus des trois entraînements par semaine, je venais le mercredi pour travailler la régularité des passes, la vision du jeu, les tactiques propres à mon poste de passeur." Visant un niveau encore plus haut, le jeune Normand active son réseau, envoie des vidéos, se fait repérer lors de matchs tests et finit par intégrer le club professionnel REC Volley 35.
À quoi ressemble une journée type ?
À un ballet entre entraînements et études : réveil vers 8 h 30, travail personnel jusqu’à 11 h, séance de musculation jusqu’à 12 h 30, déjeuner et révision, cours à la fac à 14 h puis entraînement de 16 h 30 à 18 h 30, soit en jeu collectif, soit en technique. "J’ai trois séances de musculation par semaine et deux entraînements par jour, matin et après-midi. Le soir, je me repose ou je bosse mes cours si je suis en examen."
Le plus difficile ?
Garder la motivation pour suivre les cours à la fac n’a rien d’une évidence pour Nathan qui a la sensation d’être laissé en roue libre. "Entre deux entraînements, on n’a pas le temps de décompresser et je suis souvent fatigué."
Les meilleurs moments ?
Le volley, pour sa forte valeur collective. "C’est l'un des seuls sports collectifs où les exploits individuels n’ont pas leur place. Tous les joueurs comptent pour gagner, car toute action nécessite la participation d’au moins trois joueurs."
Une idée reçue ?
Nathan entend souvent dire que les sportifs de haut niveau ne sortent jamais avec les copains. "Eh bien si ! On se retrouve après les matchs le samedi soir pour se détendre. La santé mentale est au moins aussi importante que la santé physique."
Un conseil pour conjuguer sport et scolarité ?
Pour le volleyeur, l’enjeu est de trouver l’équilibre, subtil, entre études et compétitions. "Il faut s’aménager des plages de décompression, sinon le double cursus devient contre-productif. Pour ma part, cela passe par la famille et les amis." L’étudiant a aussi fait un choix d’études assez éloignées du sport, les sciences politiques, pour s’assurer une respiration.
Et après ?
Nathan aimerait préparer un master en relations internationales aux États-Unis, dans une équipe universitaire de volley-ball. "Là-bas, le niveau de jeu est élevé et les infrastructures sont de grande qualité." Côté vie professionnelle, il sait juste qu’il ne veut pas travailler dans le milieu du sport.
Comment gravir les échelons jusqu’au haut niveau ?
Nélia s’est prise de passion pour le kayak à l’âge de 12 ans, en colonie de vacances, avant de concourir en régional. "Il fallait se lever très tôt le matin, s’entraîner dans le froid, j’ai failli tout arrêter. Après mon amputation de la jambe, à cause d’une maladie génétique, j’ai continué à l’aide d'une prothèse en carbone. On m’a proposé de viser les Jeux paralympiques et je me suis prise au jeu." 1 an plus tard, elle réussit les sélections "open", puis entre en équipe de France. Sa spécialité ? La course en ligne de kayak sur 200 mètres.
Difficile de concilier études et parcours sportif ?
Après un bac STD2A, la kayakiste a suivi un BTS design produit et a intégré l’équipe de France. "Ce n'était pas évident au début, car l’équipe pédagogique était peu sensible à mes besoins d’aménagement." En 2e année de DN MADE graphisme design interactif, les enseignants sont à l’écoute. "J’ai d’ailleurs choisi l’établissement car il y avait l’option ‘accueil de SHN’ sur Parcoursup." Souvent absente, Nélia communique par mail avec le directeur de la formation et fait appel à son responsable de suivi socioprofessionnel, mandaté par la Fédération française de paracanoë, si elle a besoin d’ajustements.
À quoi ressemble une semaine type ?
La jeune athlète s’entraîne entre 1 h et 2 h 30 trois fois par jour. Elle suit des séances de préparation physique à l’Insep ou sur ses lieux de stages, et nage en hiver pour maintenir l’aérobie. "Je m’octroie une demi-journée de repos par semaine pour sortir. Je dors aussi, car c’est nécessaire pour la récupération. Côté études, je travaille mon mémoire le soir ou entre deux entraînements." Avec les JO, la sportive a été très médiatisée. "Je suis très sollicitée et il faut savoir se préserver. "
Un projet professionnel en parallèle ?
Pas vraiment, mais la jeune femme a pu réaliser son stage de DN MADE chez son sponsor Veolia qui l’a contactée après son podium aux JO de Tokyo. "Ce fut l’opportunité d’une première expérience professionnelle et pourquoi pas une intégration à terme."
Un conseil pour mener de front sport et études ?
"Dès qu’on se sent débordés, il ne faut pas hésiter à en parler à son entourage, aux autres athlètes", insiste la jeune sportive qui a su trouver son équilibre en restant à l'écoute de ses besoins. "Je veille à garder la notion de plaisir, côté études et sport."
Et après ?
L'objectif de Nélia : remporter une médaille à Paris en 2024, puis à Los Angeles en 2029 ! "Je veux aussi valider mon DN MADE. Pour cela, je prépare mon mémoire sur les sciences dans le graphisme."
Comment naît la passion pour le football ?
Guillaume chausse ses premiers crampons en club à 6 ans. Le jeune Normand est détecté à 11 ans par l'ASPTT de Caen, club de haut niveau à l'époque, et se met à concilier sport et études. En classe de 2de, il est recruté par le stade Malherbe de Caen, puis rejoint l'équipe de France des moins de 16 ans. En terminale, il signe un contrat élite de 5 ans en équipe de France et empoche un bac général en vue de présenter médecine… en vain. "Avec des entraînements tous les jours jusqu'à 20 h, des matchs le samedi ou le dimanche, pas facile de se mettre à étudier à 21 h."
Le plus beau souvenir ?
Guillaume en a trois : une sélection en moins de 20 ans aux Jeux de la francophonie au Niger, sa première entrée en Ligue 1 contre Auxerre à Caen et un match contre Marseille au stade Vélodrome sous les couleurs caennaises.
À quel moment la carrière prend fin ?
Pour Guillaume, c'est après avoir enchaîné plusieurs blessures. "Mon corps a dit stop, peut-être que le niveau était trop haut pour moi. Je devais surjouer sans arrêt." Après des allers-retours entre clubs et une année sans jouer, le milieu de terrain arrive en fin de contrat et ne retrouve pas de club. À 24 ans, il doit penser à une reconversion. Ce sera la boulangerie.
Comment passe-t-on du ballon rond à la baguette ?
Avec deux oncles pâtissiers, Guillaume connaissait le fournil. "J'ai suivi une formation de 6 mois pour apprendre les rudiments du métier de boulanger-pâtissier et de l'entrepreneuriat, avant de reprendre une affaire dans ma région normande." Après quelques années, le chef de d'entreprise se retrouve à encadrer 12 "titulaires" et 14 apprentis dans sa boulangerie. Et ses compétences sportives l'aident ! "Dans les deux cas, il faut de la rigueur, beaucoup de travail, le goût pour la compétition, la communication et l'esprit d'équipe."
Un conseil ?
Guillaume recommande de continuer ses études en parallèle de sa carrière sportive. "Lorsqu'on est pris dans l'action et qu'on a du succès, on n'a pas envie d'aller à la fac après l'entraînement. Mais quand vient le temps de se reconvertir, il n'est pas facile de se retrouver sans rien, alors qu'on a été mis sur un piédestal."
La nostalgie du vestiaire par moment ?
Le boulanger a essayé de remettre le maillot, mais il a été rattrapé par ses blessures. Puis pas évident d'aller s'entraîner le soir lorsqu'on se lève à 2 h du matin et qu'on travaille 14 h par jour . "Je n'ai aucun regret. Je suis heureux dans ma vie actuelle et fier d'avoir connu le sport de haut niveau."
Témoignages réalisés en 2021.