Paroles d'expertes
Architecture d'intérieur : bien
choisir sa formation
Bérengère Tabutin, secrétaire générale du CFAI (Conseil français des architectes d'intérieur) et Sylvie Hoareau, présidente de la Commission enseignement du CFAI
Le métier d'architecte d’intérieur fait rêver de nombreux jeunes, et les formations sont nombreuses dans ce domaine. Mais comment bien distinguer les cursus relevant spécifiquement de l’architecture d’intérieur ? Bérengère Tabutin, secrétaire générale du CFAI, l’instance de référence de la profession, et Sylvie Hoareau, présidente de la Commission Enseignement CFAI, nous expliquent les enjeux actuels autour du métier et de la formation.
Comment décririez-vous le métier d'architecte d’intérieur aux jeunes ?
Bérengère Tabutin : Ce professionnel travaille l'espace à l'intérieur du cadre bâti (bâtiments neufs ou anciens, pérennes ou éphémères...), conçoit et restructure les lieux de vie, en pensant les volumes et les usages, les matériaux, la lumière, l'impact sur l'environnement aussi... L'architecte d'intérieur est un concepteur spécialisé dans le design d'espace, mais aussi un maître d'œuvre, qui coordonne des chantiers, des artisans, qui doit respecter les normes du bâti (électricité, chauffage, murs porteurs....)... On confond souvent ce métier avec de la décoration, mais il ne s'agit pas que de changer des meubles ou les couleurs, il y a une vraie restructuration de l'espace. Un architecte d'intérieur engage sa responsabilité sur un projet d'aménagement, avec une assurance décennale comme pour les architectes. Les jeunes intéressés par ce domaine doivent comprendre le métier avant de s'engager dans un cursus, et bien regarder si celui-ci forme à l'architecture d'intérieur, et non uniquement à la décoration. Un architecte d'intérieur peut faire de la décoration, l'inverse n'est pas vrai.
Les jeunes intéressés par l’architecture d’intérieur doivent comprendre le métier avant de s'engager dans un cursus.
Le CFAI reconnaît 19 formations en architecture d’intérieur, en quoi cette reconnaissance est-elle importante ?
Bérengère Tabutin : Elle est importante car on constate une certaine méconnaissance du métier dans le grand public, et même parfois chez certains professionnels du secteur. La différence n'est parfois pas faite entre une personne se qualifiant d’architecte d’intérieur et qui a fait une formation de quelques mois sur Internet, voire pas de formation du tout, et un architecte d’intérieur certifié CFAI qui a suivi une formation de 5 ans dans une école sérieuse. C'est une des raisons d'existence du CFAI, qui certifie les compétences des professionnels (avec le titre d'architecte d’intérieur CFAI) et qui reconnaît les écoles validant des compétences artistiques, techniques et réglementaires et qui forment à la recherche plastique, à la maîtrise des outils de conception et de représentation numérique et aux connaissances en droit et législation du bâtiment.
Sylvie Hoareau : Les écoles reconnues sont des établissements publics ou privés dont les cursus ont été audités et validés par le CFAI et qui répondent à cinq critères : avoir le titre RNCP niveau 7 (bac + 5) spécifiquement dédié à l’architecture d’intérieure, une alternance limitée à une année maximum, un volume horaire annuel supérieur à 500 heures, une évaluation positive des jurys du CFAI sur les dernières années, et enfin des architectes d’intérieur CFAI et des architectes DPLG-HMONP dans le corps professoral. Cette certification est réexaminée tous les 3 ans. Un membre du CFAI choisi par la commission enseignement, participe aux jurys de diplôme en tant qu’observateur. Les diplômés qui sortent de ces écoles peuvent être certifiés CFAI beaucoup plus facilement, car leur formation est jugée conforme aux standards de la profession.
Les diplômés des écoles reconnues CFAI sont certifiés beaucoup plus facilement, car leur formation est conforme aux standards de la profession.
Quelles sont les compétences indispensables pour devenir architecte d’intérieur ?
Bérengère Tabutin : Le sens du contact et l’écoute tout d'abord. L’architecte d’intérieur discute avec ses clients, échange avec les artisans sur un chantier… Qu’il s’agisse de travailler sur un appartement, une boutique ou un restaurant, le contact humain est essentiel. Il faut arriver à se mettre dans la peau de l'utilisateur, se montrer pédagogue, reformuler si besoin, et rassurer quand cela est nécessaire, car les travaux peuvent être stressants. Avoir le sens de l'organisation est également indispensable, car il y a souvent plusieurs chantiers à gérer à la fois. La créativité, évidemment, afin de se projeter sur ce que pourrait être l'espace dans lequel le client a envie de vivre et voir ce qu'on peut lui proposer et de quelle manière. C'est aujourd’hui un métier d'image, qui nécessite de savoir se vendre et d'être présent sur les réseaux. Enfin, savoir dessiner, faire des croquis, des maquettes à la main est un atout, surtout à l’heure de l’IA.
- L’Ensad pour son option architecture intérieure ;
- Boulle et Ensaama pour leurs DSAA ;
- Talm-Angers pour son DNSEP design ;
- Lycée Livet à Nantes pour son DSAA
- 14 écoles privées (Académie Charpentier Paris, École Camondo Paris, Camondo Méditerranée Toulon, École bleue Paris, Edaic Villeurbanne, Edna Nantes, Efet Créa Paris, Esail Lyon, Esam design Paris, Esat Hourdé Paris, Ifat Plescop, Lisaa Paris et Rennes, Penninghen Paris).