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La création d'entreprise

Revivez le tchat sur l'entrepreneuriat des jeunes

publication : 23 octobre 2014
Philippe Hayat, fondateur de l’association 100 000 Entrepreneurs et Catherine Barba, élue Femme en Or d'Entreprise 2011 ont participé à un tchat Onisep sur la question de l'entrepreunariat. Retrouvez ci-dessous l'intégralité des échanges, en texte ainsi qu'en vidéo.

Présentation de Philippe Hayat et de son association 100 000 entrepreneurs

Question d'un internaute : Philippe Hayat, quelle est la mission de votre association 100 000 entrepreneurs ? Et quel est le parcours qui vous a conduit à créer 100 000 entrepreneurs ?

Philippe Hayat : 100 000 Entrepreneurs transmet l'envie d'entreprendre aux jeunes. A partir de la 4e, 3e, collège, lycée, enseignement supérieur, on sensibilise tous les élèves scolarisés à l'acte d'entreprendre. On envoie des entrepreneurs dans les classes, et par la force du témoignage, ils essayent de leur donner envie. On a vocation à intervenir dans les filières générales, techniques, professionnelles et dans les cursus d'enseignement supérieur.

Onisep : De quelle façon intervenez-vous?

Philippe Hayat : On forme un entrepreneur au départ, on lui transmet les clés pour s'exprimer devant les jeunes. Ensuite, on se charge du rendez-vous avec l'enseignant. Il arrive dans la classe, il raconte son aventure, répond aux questions des élèves, échange avec eux pendant deux heures, et à l'issue de ça, il aura raconté son aventure, il aura fait comprendre ce que veut dire entreprendre, fait comprendre le monde de l'entreprise, et aura relié les études des élèves avec le monde de l'entreprenariat.

Onisep : C'est votre objectif ?

Philippe Hayat : Oui, c'est de dire aux jeunes: vous avez un talent, un projet, cherchez-le, portez-le, prenez votre vie en main. Ensuite, leur dire qu'ils seront aidés dans leur projet et dans leur démarche. Nous leur disons également de persévérer dans les études.

Onisep : Vous les trouvez comment, ces jeunes ?

Philippe Hayat : Assez frileux, quand ils allument la télé, ils entendent qu'ils sont un problème à longueur de journée : ils n'auront pas de retraite, pas d'emploi, pas de stage... Nous, on est là pour leur dire qu'il n'y a pas de fatalité, qu'ils ont forcément un talent, qu'il faut le chercher et porter leur projet.

Question de Jérôme: Pourquoi cette envie de transmettre ? Tous les entrepreneurs ont-ils la même vision que vous ? Sont-ils formés pour intervenir auprès des jeunes ?

Philippe Hayat : Oui, ils sont formés. Nous avons monté un kit d'intervention qui consiste pour un entrepreneur à raconter son aventure en posant seulement des questions. Au lieu de dire: "Je fais des logiciels", il va dire: "Je fais des logiciels, qui sait ce que ça veut dire? Qui les fabrique? Etc." En laissant aux élèves le soin de formaliser les réponses, on les fait rentrer plus facilement dans l'univers de l'entrepreunariat. J'ai toujours eu l'envie de transmettre.

Le contact avec les jeunes m'a beaucoup séduit parce qu'ils posent beaucoup de questions et permettent à chaque fois de se remettre en question. Je me suis dit que c'était bien de parler à des Bac + 5, mais que c'était bien aussi de parler à des jeunes de collège. J'ai eu la chance de grandir dans une famille d'entrepreneur, donc j'entendais ce genre d'histoire le soir à la maison. Mais pour les autres, c'est difficile de se dire qu'on peut être entrepreneur.

Question de Sylvain: Comment réagissent les élèves à ces interventions ?

Philippe Hayat : Il y a souvent des jeunes scolarisés entre la troisième et le bac + 5, et s'ils sont dans des classes de 30, il y a 200 000 classes à visiter, il faut donc 100 000 entrepreneurs pour que tous les élèves rencontrent un entrepreneur chaque année. L’entrepreneur pose la question: qui veut entreprendre ? Personne ne parle, ils sont tétanisés. Donc il se met à poser des questions. Avant de repartir, il repose la question: "Qui veut entreprendre?" Il y a quinze doigts qui se lèvent sur trente. Quinze élèves se disent que c'est peut-être une voie possible pour eux.

Onisep : Tous les établissements jouent le jeu?

Philippe Hayat : On travaille avec tous ceux qui veulent travailler avec nous. En Ile-de-France, en Aquitaine, Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Limousin... Sur ces régions, qui couvrent environ 75% des besoins en France, c'est possible. On travaille avec des contrats avec l'éducation nationale, avec le rectorat. On appelle le chef d'établissement pour leur demander la possibilité d'intervenir dans leur établissement. On a aujourd'hui une grande majorité des chefs d'établissement qui nous disent: "Ça m'intéresse, mais ce n'est pas la priorité du moment car j'ai d'autres activités, on se rappelle dans quatre mois", mais jamais de refus catégorique sur ce qu'on fait. On a bouclé notre quatrième année scolaire l'année dernière. On est rentré dans plus de 1 000 établissements.

Onisep : Le monde enseignant n'est peut-être pas si fermé au monde de l'entreprise.

Philippe Hayat : Prenons le cas des 3e : 20% des 3e suivent une option découverte professionnelle, et ils sont très demandeurs. Dans les lycées techniques, les enseignants sont déjà habitués, donc ça marche très bien. Pour les BTS également, ça marche très bien. On a un peu plus de mal à rentrer dans les filières générales car il y a un tel parcours jusqu'au bac et jusqu'au diplôme que tout ce qui n'est pas dans le programme est difficile à faire entrer dans les heures de cours. On a plus de difficultés dans l'université également où il y a une méconnaissance totale du monde de l'entreprise. Mais les choses changent. Lentement mais sûrement.

Question d'Edouard: Est-ce que vous proposez des visites d’entreprises à des jeunes dans votre association ? Comment faire pour en bénéficier ? Existe t-il un système de parrainage ?

Philippe Hayat : En fait, nous organisons des interventions d'entrepreneur, l’entrepreneur est présent dans une classe. L’entrepreneur s’inscrit sur notre site www.100000entrepreneurs.com et nous lui fournissons un créneau dans un établissement. L’enseignant qui cherche à faire intervenir un entrepreneur s’inscrit sur le site de la même manière.

Onisep : C'est une association à but non lucratif.

Philippe Hayat : Tout à fait. On l'a financée par des sponsorings d'entreprises qui nous accompagnent, d'organisations, de la taxe d'apprentissage qui sert à financer les supports pédagogiques qu'on fournit aux collèges.

 

Présentation de Catherine Barba et de son parcours en tant qu'entrepreneur

Onisep : On accueille Catherine Barba. Merci de nous avoir rejoint. On a commencé à parler avec Philippe Hayat de son association et du monde de l'entrepreneuriat que vous connaissez bien. En quoi consiste votre métier aujourd'hui ? Pouvez-vous nous retracer votre parcours?

Catherine Barba : Ça fait 16 ans que je travaille dans le digital, c'est mon boulot, ma passion, ma vie. Je suis quelqu'un du "BtoB", c'est-à-dire que je dirige une agence e-commerce, dont le métier est d'accompagner les marques, les enseignes qui se posent beaucoup de questions sur ce qu'est le digital. J'ai lancé ça il y a à peu près dix ans. Ma société a été rachetée l'été dernier par vente-privée.com. Je me suis associée à eux pour continuer l'aventure avec eux à plus grande échelle.

Onisep : Internet est un domaine particulier?

Catherine Barba : Je ne connais que ça. Ça bouge énormément, on ne peut pas se forger de certitude. Ce qui était vrai hier n'est pas forcément vrai aujourd'hui. On est toujours en alerte. C'est le lieu même de l'innovation.

 

 

Quels sont les recours ou les aides pour obtenir de l’information sur l’entreprenariat ?

Question de Lala91: A part votre association, quels sont les recours ou les aides pour obtenir de l’information sur l’entrepreunariat ? Vous connaissez d’autres sites sur internet ou d’autres adresses ou je puis me rendre ? Existe t-il des cours d’entrepreunariat ? Quelles sont les matières ou sujets abordés ?

Philippe Hayat : Tout dépend du degré d'aboutissement de votre projet entrepreneurial. Si vous voulez simplement une notion de comment ça fonctionne, il y a le site de l'APCE, l'agence pour la création de l'entreprise, très complet, qui vous donnera beaucoup de renseignements. Si vous voulez un accompagnement, il y a France Initiative, la France de commerce, une banque qui fait beaucoup pour l'entrepreunariat, qui peut vous apporter les premiers financements voire certaines garanties pour un financement bancaire.

Catherine Barba : C'est formidable de faire appel à des organismes, mais c'est aussi intéressant d'aller voir les entrepreneurs eux-mêmes. Il y a des réseaux d’entrepreneurs. C'est du pragmatique, du concret, avec des réunions régulièrement. Et on peut aussi aller voir des entrepreneurs plus avancés. Ça rend le côté entrepreneurial plus concret et plus humain.

 

Présentation de l'ouvrage de Philippe Hayat, « Entreprenez ! »

Onisep : Je présente votre livre Philippe Hayat qui s’appelle « Entreprenez ! » aux éditions de l’Archipel. Quelques mots sur cet ouvrage ?

Philippe Hayat : Mon ouvrage est né de mon expérience d'entrepreneur, c'est un message aux jeunes. Il dit aux jeunes: ne croyez pas tout ce qu'on dit sur vous, notamment que vous êtes un problème. Vous n'êtes pas un problème, vous avez certainement un talent, une idée. Souvent, on parle des jeunes de la façon suivante : vous êtes au chômage, vous aurez du mal à trouver des stages, à financer votre retraite...

Catherine Barba : Le message ambiant n'est pas forcément propice à l’envie d’entreprendre.

Philippe Hayat : Oui. Et même dans les campagnes, on parle du chômage des jeunes, avec des propositions de subvention pour les aider à trouver un travail. Nous leur disons : n'attendez pas des solutions des autres. Cherchez votre talent et portez votre projet. C'est ce que fait un entrepreneur. On leur dit que c'est possible et qu'il n'y a pas de fatalité. Entre indignez-vous et résignez-vous, nous disons aux jeunes que l'entrepreunariat est une voie alternative. On dit aux entrepreneurs d'aller dans les classes, aux enseignants d'ouvrir les classes.

 

Femmes et entrepreneuriat : des difficultés spécifiques ?

Question d'Emma_Lou: Aujourd’hui journée de la femme : les difficultés sont-elles les mêmes pour les hommes et les femmes ? Un conseil pour les entrepreneuses ?

Catherine Barba : Je crois que le courage, la ténacité, la lucidité, ça n'a pas de sexe. L'entrepreunariat, c'est dur. C'est passionnant. Je ne ferai autre chose pour rien au monde.

Onisep : Un conseil pour les entrepreneuses?

Catherine Barba : J'accompagne plusieurs sociétés. Je suis étonnée : il y a plein d'initiatives extrêmement dynamiques, souvent portées par des femmes, je pense à Céline Mazert de Leetchi, c'est une société qui propose une cagnotte, quand on veut faire des cadeaux communs aux copains, pour des naissances, etc. Je n'ai pas de conseil particulier à donner, je suis d'accord avec Philippe, cette liberté d'entreprendre porte ma vie, c'est une chance inouïe. Allez-y, osez!

 

Quelles qualités doit-on avoir pour se lancer dans l'entreprenariat ?

Question de nini: Quelles qualités doit-on avoir pour se lancer dans l'entreprenariat ?

Catherine Barba : Il faut être un peu inconscient. Avoir une bonne dose d'inconscience. C'est comme si vous me demandiez quelles qualités faut-il pour être parent. C'est juste qu'il faut y aller. Quand je suis devenue entrepreneur, c'est parce que j'étais en contact avec un entrepreneur. Je suis persuadée que si, à l'époque où j'étais à l'école, il y avait eu un entrepreneur à l'école, je l'aurais fait plus tôt. Je crois en l'exemplarité des parcours. J'ai été salariée pendant huit ans. Ce n'était pas une option mais une nécessité, quand je suis devenue entrepreneur. On m'a dit que c'était dur, il fallait trouver une banque, un commissaire au compte... J'ai rigolé. J'ai dit: "On verra bien". C'est comme si on m'avait dit la même chose pour un enfant: "C'est compliqué, il faut se lever la nuit!" J'ai envie d'y aller, je me fais confiance, je suis bien entourée, je n'ai pas peur de l'échec. C'est un risque. Mais il faut construire continuellement dans cette aventure.

Question de Dan: La création d’entreprise a-t-elle la côte aujourd’hui ? Et ce malgré la crise ? J’ai bien envie de créer ma propre entreprise…

Catherine Barba : Quand on est entrepreneur, on a une idée, un déclic. C'est quelque chose qui s'impose à vous. Crise ou pas crise, si le projet répond à une demande du marché, si vous avez fait un vrai travail amont, la conjoncture n'y fait pas grand-chose. En 2003, il y avait la bulle de 2000, la crise dans le numérique. Ce n'était pas le moment d'aller voir les banques, de demander des locaux. Internet n'avait pas tellement la cote, mais ce n'était pas grave.

 

 

Quel financement pour créer son entreprise ?

Question de Carry: Bonjour, je suis un jeune de 25 ans qui souhaite créer son entreprise. Je viens d'avoir un entretien avec un expert comptable, elle m'a dit que mon projet n'était pas viable car je n'ai pas d'apport. Alors ma question va être simple : comment les jeunes qui n'ont pas d'expériences professionnelles et qui n'ont pas d'apport peuvent obtenir leur crédit à la banque ou obtenir des aides pour construire leur projet ? Pourquoi dire aux jeunes d’entreprendre si on ne nous donne pas les occasions d'entreprendre ? Quelles banques prêtent pour les jeunes sans apport ? Qui faut-il voir, quels organismes ? merci pour votre réponse.

Catherine Barba : Je crois que, dans cette question, l'essentiel, ce n'est pas tellement d'obtenir des aides, mais comment s'assurer en amont de la pertinence du projet qu'on a. Il faut s’assurer que ce qu'on veut vendre n'est pas déjà fait 100 000 fois. Il faut voir ce qui est différent dans l'approche, étudier le positionnement d'une offre, les avantages concurrentiels, les analyses. Appliquer tout ce qu'on peut apprendre à l'école. Avant de se poser la question du financement il faut d’abord confronter son projet. Peut-être pas à un expert comptable, mais à des gens du milieu. C'est après qu'il faut se poser la question du financement. Tout ce travail en amont, d'étude de la concurrence, de positionnement marché, de travail sur la vision, la promesse, les preuves, les avantages concurrentiels... C'est la première étape... Et si cette analyse montre qu’il y a une place à prendre, on se pose alors la question du financement.

Onisep : Il faut également faire comprendre aux jeunes que l’entreprise n’est pas l’ennemie du salarié, que l’entreprise peut vous apporter un emploi, une possibilité de formation et de progression... Est-ce que ce n'est pas un pari un peu fou?

Philippe Hayat : On voit beaucoup, dans les classes, notamment dans les classes un peu défavorisées, où souvent un des parents, voire les deux, sont au chômage, les jeunes n'ont pas une bonne image, a priori, du monde du travail puisqu'il est jugé dur, difficile. Souvent, lorsqu'on parle d'une entreprise, on parle d'un scandale de stock option ou d'une rémunération extravagante, ou d’un plan de licenciement. Donc forcément, le jeune qui voit ça se dit que c'est un monde compliqué.

En fait, ce qu'on fait tous les jours, c'est de dire aux jeunes qu'il y a peut-être quelques cas difficiles, c'est une chose, mais il y a quand même 2,5 millions d entrepreneurs qui vont dans leur entreprise tous les matins pour créer un avenir commun avec leurs collaborateurs. La relation patron-salarié est complètement différente dans une PME. C'est aussi une des missions de nos entrepreneurs qui vont dans les classes.

Catherine Barba : C'est ça qui est bien avec cette association. On va semer des petites graines dans ces classes. Je n'avais pas non plus idée de ce qu'était l'entreprise au collège. Le stage de 3e ne te la donne pas forcément... Il faut rencontrer des gens passionnés. Les entrepreneurs que je connais aiment leur métier, ils sont fiers de porter un projet, chaque jour est une petite victoire. J'ai 17 ans, quelqu'un me parle de ça, je me dis que ça fait du bien!

Onisep : Beaucoup de jeunes pensent encore qu’il faut être riche pour créer son entreprise. C’est quelque chose que vous entendez beaucoup également?

Philippe Hayat : En fait, on entend souvent un certain nombre d'idées reçues qui verrouille l'envie d'entreprise. Finalement, la vraie idée, c'est ce dont parlait Catherine tout à l'heure : est-ce que mon projet tient la route sur le marché? Il faut discuter avec de futurs clients, comparer avec l’offre des concurrents, voir si on a un vrai concept. Il y a beaucoup de mauvaises idées et peu de bonnes idées. C'est bien de se dire qu'on n'entreprend pas parce qu'on n'a pas la bonne idée. Ceci dit, la bonne idée ne vient pas en un jour. Il faut la tester, la corriger, etc. Ce n'est pas miraculeux.

Onisep : Est-ce qu'il y a moyen de savoir si son idée est bonne?

Catherine Barba : Quand on lance un produit, on va sur Facebook et on fait des tests consommateur. Le meilleur ambassadeur d'un produit, c'est le client. Souvent, on fait tester des choses dans le cadre d'enquêtes, de focus groupe. Aujourd'hui, on peut accéder par les réseaux sociaux à beaucoup de consommateurs potentiels...

Philippe Hayat : Il faut confronter son idée avec le marché. Si on se dit: "je n'ai pas d'argent je ne peux pas entreprendre", c'est faux. L'argent, on le trouve. Il y a la piste des organismes qui tendent la main aux jeunes qui se lancent. Si le porteur de projet est convainquant, les financements, on les trouve. Et ce n'est pas parce qu'on n'a pas d'expérience qu'on ne peut pas entreprendre. Ce qui compte, c'est la rencontre entre le porteur et le projet. Si le projet est bon, il faut se lancer, parce que dans trois ans, l'idée sera moins bonne. Aucune expérience préalable ne nous prépare à l'entrepreunariat dons il ne faut pas attendre pour se lancer.

 

Comment concilier vie familiale et entreprenariat ? Quelles qualités et défauts doit avoir un entrepreneur ?

Question d'un internaute : Comment concilier vie familiale et entreprenariat ?

Question de Laure: Faut il renoncer à la vie de famille pour se lancer dans l'entrepreunariat ?

Catherine Barba : C'est dur. Il n'y a plus de frontière quand on crée sa boîte. Je suis mal placée pour en parler. D'après certaines personnes, je suis accro au travail. Mais en tout cas, il faut de toute façon avoir une discipline.

Philippe Hayat : Avoir sa propre entreprise, c'est une création, on met tout dedans. Mais comme on est son propre patron, on peut avoir cette latitude d'organisation, c'est-à-dire qu'on travaille sans doute plus que d'autres, mais si on veut prendre une après-midi pour aller voir son fils jouer au foot, ou aller l'accompagner à l'école, on peut le faire parce qu'il n'y a personne, sauf peut-être un client, pour nous dire: "Je veux que tu sois là, demain, à telle heure dans mon bureau". C’est très prenant d’avoir son entreprise mais nous sommes maîtres de notre emploi du temps.

Question de Nini: Quels défauts faut-il avoir ? Ya t-il des bons défauts ? Des défauts utiles ?

Catherine Barba : Le mauvais côté de la ténacité, c'est quoi ? C'est d'être un peu obtus... Il faut de la volonté. J'ai l'impression que c'est comme dans tous les boulots, qu'on soit salarié ou entrepreneur, c'est-à-dire avoir une idée, la défendre, aller jusqu'au bout. Il faut avoir des convictions. C'est difficile, quand on est jeune, on fait des erreurs. J'ai pu commettre des erreurs dans mes précédents boulots car je ne prenais pas position. Il faut savoir trancher : ton oui doit être oui et ton non doit être non.

Philippe Hayat : Les qualités de l'entrepreneur, poussées à l’extrême, peuvent rapidement devenir des défauts. Par exemple, une des qualités d’un entrepreneur, c'est le courage de penser qu'on a raison. Si on le pense trop, on ne voit plus les obstacles, et on va dans le mur. Il y a un équilibre à avoir. Il faut un peu d'inconscience aussi. Croire que les choses sont possibles. Ce sont des qualités à doser. Ça ne sert à rien par exemple de persévérer si l'idée va dans le mur. Il faut savoir se remettre en question.

Catherine Barba : C'est plus facile en étant bien entouré. Dans les boîtes où je suis administratrice, ce sont les jeunes qui ont pris soin de faire intervenir les plus anciens pour justement, comme disait Philippe, essayer de compenser certains traits de caractère de l'entrepreneur ou le réorienter. Tous les entrepreneurs qu'on voit, et même les chefs d'entreprise qui réussissent ont tous un tempérament bien trempé. Il faut être un peu dur, sinon, ça ne marchera pas beaucoup. C'est pareil dans l'entreprise.

 

La gestion est-elle si importante ?

Question de Laure: La gestion a t-elle autant d'importance ?

Catherine Barba : Oui c’est important. Quand on crée une société, c'est pour qu'elle soit rentable.

Philippe Hayat : Ce qu'il faut comprendre, sur l'aspect vraiment technique, c'est qu'il y a quelques notions de droit qu’il faut connaître, parce qu'il ne faut pas faire n'importe quoi quand on signe des contrats. En étant entouré, on trouve toujours un avocat qui donnera un conseil. Et en tant que gestionnaire, il faut toujours faire attention à ce qu'il y ait de l'argent dans la caisse pour payer les gens qu'on doit payer. Les subtilités comptables et les gestions de trésorerie, sont très importantes à prendre en compte. Il y a quelques notions techniques qui ne sont pas compliquées du tout, qu'on peut, avec une formation du soir, acquérir. Ce sont quelques notions techniques à avoir en tout cas.

Catherine Barba : Si on n'a pas eu de cours de compta ou de finance, de toute façon, il faut avoir un cabinet comptable. On peut faire des points régulièrement avec son comptable pour savoir lire un bilan, etc. Si on est complètement hermétique aux chiffres, on part un peu moins gagnant, quand même, je crois.

 

Vaut-il mieux attendre d'avoir un minimum d'expérience pour se lancer ?

Catherine Barba : Il n'y a pas de règle, ça se fait quand ça vient. Il y a un moment où l’on sent que l’on doit le faire, où on n'a pas le choix. C'est: "Je veux créer cette boîte, ça fait partie de ma construction". Et quoi qu'on me dise, je vais le faire.

Philippe Hayat : Si l'envie ne se montre pas très tôt, qu'on commence à entrer dans une entreprise, qu'on commence à avoir des responsabilités ... On commence à avoir des enfants, à se marier, on perd du temps, il y a un risque que le ressort entrepreneurial se détende avec le temps, parce que plus le temps passe, moins on a envie de prendre des risques.

Catherine Barba : Mais peut-être que du coup, ce n'était pas notre chemin. C'est de la passion, la création de l'entreprise. On se lève avec, on se couche avec. Je me réveille la nuit pour noter des trucs. Il faut calmer ses ardeurs parce que ça reste quand même que du boulot, même si ça fait partie la vie. Moi, j'adore mon travail, je suis totalement investie, j'adore être entrepreneur. Parfois, je me demande quelle est la finalité, qu'est-ce qui me fait me lever le matin. C’est ce qui me permet de lever le pied parfois !

 

Licenciement, échec, comment faire face ?

Question de papa63: Bonjour j'aimerais vraiment savoir quelles sont les conséquences pour un entrepreneur le licenciement d'un employé ?

Question de trinelle: Quelles sont les conséquences d'un licenciement ?

Question de Laure: Quelles sont les conséquences pour un entrepreneur de licencier un employé ?

Philippe Hayat : En fait, un entrepreneur embauche, et parfois, il doit licencier quand ça ne marche plus avec son salarié, ou quand il n'y a plus de cohérence entre le projet de l'entreprise et tel salarié. Ça arrive malheureusement. C'est comme dans la vie. Soit ce licenciement se fait pour une bonne raison, soit il se fait pour une mauvaise raison, et le salarié peut se défendre. Ensuite, il y a une instance qui décide si c'est juste ou si ce n'est pas juste. Mais la plupart des entrepreneurs que je connais, quand ils ont la douleur de licencier, car c'est une douleur de licencier, c'était parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement et ils savent la plupart du temps l’expliquer et le justifier auprès de leur salarié.

Onisep : L’échec en tant qu'entrepreneur ?

Philippe Hayat : Ça évolue de plus en plus. Certes, l'échec est toujours mal noté, en France, parce que quand vous déposez le bilan de votre entreprise, vous êtes noté à la banque de France, c'est dans votre dossier, ça vous suit. Autant, aux États-Unis, on considère que vous êtes un entrepreneur d'expérience, autant en France, c'est compliqué. Mais ça évolue de plus en plus parce que beaucoup d'entrepreneurs qui ont bien réussi ont commencé par des échecs. La notion d’échec est beaucoup mieux admise en France aujourd’hui.

Catherine Barba : Microsoft avait fait une conférence pour que les gens viennent témoigner de leurs échecs. C'est très courageux. Mais c'est très important car il faut se détendre sur le sujet. C'est vrai qu'au début, quand on doit licencier, parce qu'on a un mauvais positionnement, etc., ça fait mal. Mais c'est comme tout, on en sort grandi. Ils sont forts, les Américains, pour ça. Si on n'a pas eu huit échecs, on n'est pas un vrai entrepreneur !

Philippe Hayat : L’entrepreneur qui échoue et qui ensuite veut trouver un autre emploi dans de grandes corporations, pourra s’adresser à des grands groupe qui ont besoin d' « intrapreneur », c’est-à-dire de gens qui vont porter des projets au sien du groupe, et ils recherchent ce profil d'entrepreneur car il va démontrer une capacité d'initiative qui va sans doute rendre le CV du candidat plus appétissant.

Catherine Barba : J'ai un copain qui me disait, il y a quelques temps: "J'ai une idée géniale", et ça n'a pas marché, alors il a recommencé, et aujourd'hui, ça cartonne. Je suis très admirative car quand il parle de ses échecs précédents, il dit que ça l'a construit. C'est un peu comme un escalier. On en a tous, des échecs, dans tous les domaines, et il ne faut pas en avoir honte.

 

Est-ce plus facile ou difficile de créer son entreprise à plusieurs ?

Question de cheng: Est-ce plus facile ou difficile de créer son entreprise à plusieurs ?

Philippe Hayat : C'est aussi : est-ce qu'on est associé ? Est-ce qu'on monte tout seul, à deux, à trois, à cinq? Mais c'est toujours à plusieurs, car il y a toujours des collaborateurs autour qui font le succès de l'entreprise, ou des conseillers, etc. Moi, je n'avais pas d'associé, et j'ai toujours un peu souffert de la solitude de l'entrepreneur, car je n'avais pas d'alter ego qui pouvait me remonter le moral les jours de déprime. Au bout du compte, ça s'est bien passé, mais j'ai connu beaucoup d'histoires qui se sont jouées à deux et qui ont été de très belles histoires. Mais je connais aussi des associés qui se sont séparés parce qu'ils n'avaient plus les mêmes objectifs.

Catherine Barba : J'ai toujours eu des associés, parce que je me rends compte qu'on peut ne peut pas tout faire, il faut être bon sur le marketing, le marketing produit, acquérir des clients, les fidéliser, le commercial, la gestion, etc. On ne peut pas être bon partout. Il faut connaître le domaine dans lequel on est vraiment bon et pour tous les autres postes qu'on ne maîtrise pas bien, il faut s'entourer. Ce sont des associés, des conseillers...

Philippe Hayat : Souvent, un ingénieur d'une école d'ingénieur se met en binôme avec un commercial d'une école de commerce, et ça fait un bon mélange.

 

Entreprendre à l'étranger, bonne idée ?

Question de sabou: Est-ce possible d'entreprendre à l'étranger? Quelles sont les difficultés? Compte tenu du climat économique actuel, quels sont selon vous les pays les plus porteurs? Merci

Question de Sabrina54: Bonjour, quels sont selon vous les pays les plus porteurs et propices à la création d'entreprise au vue du climat économique actuel ? (J'aimerai entreprendre à l'étranger) Merci !

Catherine Barba : Entrepreneur dans un pays étranger, d'abord, il faut très bien connaître la langue. Avoir un réseau local aussi, parce que c'est un peu un rêve mais la réalité est très, très dure. Déjà, en France, c'est dur. Mais dans un pays étranger, où on ne connaît pas forcément les codes réglementaires, c’est compliqué... J'ai connu une fille entrepreneur en Inde qui a fait une boulangerie qui cartonne, donc ça arrive. Il faut bien connaître la langue, la concurrence, le marché local... Ce n'est pas simple, l'étranger! Ce sont des difficultés, de plus, on est dans un écosystème qu'on maîtrise moins bien.

J'ai voulu lancer un site en Espagne, et ça me paraissait simple parce que je suis espagnole. Erreur. C'était un échec, ça n'a jamais décollé parce que j'ai réalisé que les comportements des consommateurs n'étaient pas les mêmes, il n'y avait pas la même culture de l'achat en ligne…Il fait très beau, les gens ont un plaisir à aller acheter en magasin, plein de choses que je n'avais pas vues, que j'ai vues après. Je finançais le développement, donc ce n'était pas grave, mais c'était une difficulté de plus. Mais rien n'arrête l'entrepreneur déterminé!

 

Le statut d'auto-entrepreneur

Question de José: Quel est votre avis sur le statut d’auto entrepreneur ?

Philippe Hayat : C'est très bien dans la mesure où c'est un peu l'anti-chambre de l'entrepreunariat, c'est-à-dire que ça force les gens à savoir quelle est leur envie, quel est leur talent. C'est une première démarche pour se mettre à son compte, et c'est une démarche sans risque. Si on s'arrête là, ce sera bien, sans plus. L'idée, derrière, c'est que l'auto-entrepreneur se développe et embauche des gens. Mais j’ai un avis assez positif sur ce statut. Toi aussi Catherine ?

Catherine Barba : Oui, même si c’est quand même beaucoup d'appelés, peu d'élus. Quand on crée une SARL, on prend moins de risque, c'est une espèce de labo, un test. Si ça prend de l'ampleur, il est toujours temps de basculer vers une structure un peu plus solide.

 

Conclusion des deux intervenants

Philippe Hayat : Je vais parler en premier. On parle beaucoup d'entreprendre comme création de l'entreprise, qui est l'exemple majeur de l'entrepreunariat. Quand on va dans les classes, des jeunes disent que s’ils ne créent pas leur entreprise, ils ont ratés leur vie. Il ne faut pas qu'ils imaginent que l’entrepreunariat constitue la seule façon de s’épanouir dans la vie. Il y en a qui n'en ont pas envie, d'autres qui n'ont pas les qualités.

Par contre, en France, on a besoin de porteurs de projets au sein de structures, d'associations, de groupes, etc. On n'est pas forcément obligé de créer une entreprise pour être entrepreneur. On peut porter un projet, au service de quelqu'un. On doit tous avoir cet état d’esprit, cette ambition d'avoir un projet, de le porter, quelle que soit la structure dans laquelle ça s'exprime.

100 000 entrepreneurs c’est 50 000 jeunes sensibilisés, c’est aussi une start-up bien bien que nous ayons le statut d’association, donc on double chaque année. Ceux qui sont intéressés pour faire venir un entrepreneur, peuvent nous contacter. Ce livre, "Entreprenez", est sorti en librairie et en est à sa troisième réédition ! Ce sujet intéresse les jeunes. Et les thèmes qu'on n'a pas pu aborder aujourd’hui sont abordés dans ce livre. Ce livre peut être téléchargé en ligne également.

Catherine Barba : J'ai une confiance énorme dans les jeunes. Je crois beaucoup en cette capacité. C'est ça qui va faire changer la France. Toutes ces petites envies, cet état d'esprit dont tu parles. Je croise plein de gens dans le domaine du digital qui sont porteurs de ça.

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