Interview
Théotim, étudiant en agro-écologie
Contribuer à la préservation de la planète, c’est la mission que s’est donné Théotim. Il a entamé des études en école d’ingénieur spécialisée en agriculture et agronomie, où il bénéficie d’aménagements adaptés à ses troubles du spectre de l'autisme. Il raconte son parcours.
Mon déménagement
"Je suis un grand fan de "C’est pas sorcier", l’émission de vulgarisation scientifique. Elle m’a éveillé à la science et je dirais même qu'elle m’a donné de l’avance sur mes cours du lycée ! Je me projette vers des métiers en lien avec l’écologie et le développement durable. J'ai été admis en école spécialisée en agriculture et agronomie, UniLaSalle, à une heure de chez moi. J’ai alors quitté mon domicile familial pour loger en résidence universitaire. J’appréhendais un peu de vivre seul mais le cadre est à la fois agréable, proche d'une forêt où je peux me promener, et pratique, avec des commodités sur le campus. La restauration au Crous est ouverte matin, midi, soir, par exemple. C’est comme une ville dans la ville. "
Mon entrée en école d’ingénieurs
"Après un bac général avec spécialités SVT et maths, j’ai été admis à UniLaSalle sur dossier et entretien. Je suis entré en cycle préparatoire intégré. Pour faciliter ma scolarité au lycée, je bénéficiais d’un temps supplémentaire (le tiers temps) pendant les devoirs sur table et les épreuves du bac, dans une salle isolée. J’avais rempli la fiche de liaison sur Parcoursup sans attendre d’autres aménagements en école. Aux journée portes ouvertes de mon établissement, mes parents se sont rapprochés du stand tenu par le référent handicap. Ensemble, nous avons discuté d’adaptations personnalisées."
Mes outils de travail
"Assis au 1er rang des amphis, j'utilise des cartes à pictogrammes pour avertir l’enseignant si les bavardages altèrent mon attention ou demander à sortir un moment. Je porte aussi des bouchons d’oreilles à volume sonore variable, qui compensent mon acuité auditive. Une étudiante de ma promotion m’assiste en tant que paire-aidante, dans les démarches administratives, pour récupérer des cours en ligne… L’informatique n’est pas mon fort. Je préfère les interactions en face à face. Faire la synthèse de mes notes est plus compliqué. Mon père a installé sur mon téléphone une application d’intelligence artificielle qui enregistre et résume les conférences ; cela m'aide à réviser. L’école propose aussi des ateliers de méthodologie de travail adaptés à différents troubles du neurodéveloppement (autisme, "dys", TDAH , TDI …). Chaque participant apporte en plus son expertise. J’ai vécu toutefois des périodes de surcharge de travail. En concertation avec mon référent, on a pu répartir mes cours de 2e année sur 2 ans."
Me faire connaître
"Je me souviens que je ne voulais pas trop parler de ma situation aux enseignants, à la rentrée. Puis une prise de parole en amphi, avec ma psychologue, m'a permis de présenter les troubles neuroatypiques dans le but de sensibiliser les professeurs et les étudiants. Ils n’appréhendent plus de travailler avec moi et je m’intègre mieux en groupe. Le fait d’apprendre les prénoms de tout le monde, comme un jeu de mémoire, me permet de créer du lien plus facilement. J'ai aussi une certaine aisance à l’oral, même en exposés et examens."
Ma vie sur le campus
"Sur mon temps personnel, je travaille au Crous, en plus de mes des activités : je pratique le judo depuis le lycée, et du théâtre, ce qui me fait travailler mes compétences orales. En tant que membre d’une association, j’organise des événements solidaires : des distributions d’invendus de maraîcher, des dons du sang, des festivals ou encore des visites en maisons de retraite, etc. Il existe aussi des référents handicap dans les associations du campus. Une fois rentré dans ma résidence universitaire, je fais connaître mon humeur et ma fatigue sur la porte de ma chambre, en affichant l'image d'un bonhomme vert ou rouge, l’Ampelmann, le symbole de la ville de Berlin."
Mes études à l'étranger
"L’année prochaine, je vais suivre un semestre d’études en Allemagne. Je pourrai bénéficier d’un pair- aidant pendant mon séjour, suite à un entretien que j'ai passé dans mon établissement d’accueil, accompagné de mon référent. Je sais qu'il y a aussi un référent handicap dans l'ambassade française en Allemagne. Je n’hésite plus à me présenter et expliquer ma manière de fonctionner. Cela aide notamment à réaliser des stages dans de bonnes conditions, comme celui que j’ai effectué dans la ferme de l’école. Aujourd’hui, je suis toujours volontaire pour conseiller d’autres étudiants en situation de handicap, en étant présent aux journées portes ouvertes."