Interview

Fleur, sélectionneuse variétale

Passionnée par la recherche dans le monde végétal, Fleur a découvert le métier de sélectionneuse lors de journées portes ouvertes en école d’ingénieurs. Pour réussir à intégrer un master spécialisé, et sélectif, elle entre en prépa BCPST. En cours de 1ʳᵉ année, elle est diagnostiquée autiste. Il a fallu s’adapter.

Image d'illustration, crédit photo ci-après

Me faire reconnaître

"Dans ma vie quotidienne, je devais courir là où les autres marchaient pour atteindre le même objectif. En cours, je mettais les bouchées doubles pour faire le même travail, ce qui me prenait une énergie folle. Mes relation sociales avec mes camarades étaient en plus compliquées. J’ai commencé à déceler des signes d’autisme en prépa, en me documentant sur le sujet. Une fois que ma situation de handicap a été attestée par ma pédopsychiatre, tout a changé. On légitimait ma douleur. C'est un poids en moins sur le cœur. Puis les adaptations ont facilité mon parcours d’études. Mes professeurs et mes camarades m'ont soutenue, mes notes sont remontées. À tous ceux qui se demandent ce que ça peut bien changer d’être diagnostiqué, je peux leur répondre : c’est la légitimité, la légitimité de pouvoir bénéficier d’aides, quelle que soit sa situation de handicap."

© DR

Mes études adaptées

"Sur les conseils de ma pédopsychiatre, j'ai porté un casque anti-bruit pendant les cours. J’ai pris le temps de le faire essayer à mes professeurs pour qu’ils comprennent que je n’entendais pas le brouhaha derrière mais que je les entendais bien eux. J’ai également eu des lunettes de soleil pour supporter la lumière des néons, en bénéficiant d’un temps supplémentaire aux examens (le tiers temps), en salle isolée. Après une 1re année de prépa, j'ai pu intégrer l’école UniLaSalle Beauvais en 2e année, de façon à connaître les étudiants de ma promotion le plus tôt possible. Là, j’ai eu le soutien d’un référent handicap. On a établi ensemble une liste d’aménagements personnalisés. En plus du tiers temps, j’ai eu la possibilité d’avoir les cours en avance, pour bien comprendre les énoncés et les powerpoints qui sont trop chargés en éléments et en couleurs pour moi. J'enregistrais aussi les cours avec l’accord des professeurs, ce qui m’aidait à rédiger des fiches de révisions. Au final, certains dispositifs comme des écouteurs à réduction de bruit ont intéressés d'autres étudiants."

Mon master en Erasmus

"En 4e année, j’ai réussi à intégrer un master Erasmus Mundus en amélioration des plantes et création variétale à UniLaSalle. C'est un parcours international, tout en anglais. Mon référent a organisé mon séjour d’études en Espagne, en écrivant une lettre de recommandation sur les aménagements à mettre en place avec mon certificat d’autisme. Grâce à lui, j'ai pu poursuivre mon traitement médical contre mes grosses fatigues à l'étranger. À l’université de Valence, les professeurs étaient très ouverts. Résultat : j’ai vécu mes meilleures années d'études, focalisées sur la sélection, avec plein de matériel et d’équipement incroyable à disposition !"

Mon engagement associatif

"Sur le campus d’UniLasalle, j’étais présidente d’une association "Uni4Handi'Cap" dont le but est de sensibiliser au handicap et aider les jeunes à s’intégrer dans les études et dans le monde professionnel, en lien avec le référent. Dans le cadre du programme PHARES (Par-delà le handicap, avancer et réussir des études supérieures), l’association propose de l’accompagnement, du tutorat et du mentorat, dans toute la France. Elle organise aussi des ateliers variés : rééducation alimentaire, Makaton ou langue des signes, course caritative... ainsi qu'un programme de garde de chiots en familles d’accueil, destinés à devenir des chiens guides d’aveugles."

Mes débuts professionnels

"En vue de décrocher un stage de fin d’études en entreprise, j’ai contacté une équipe de chercheurs qui créait une nouvelle société. Leur spécialité : l'extraction, par les plantes, de métaux lourds présents dans les sols - la phytoremédiation- et la réutilisation de ces métaux dans l’industrie. Je n’ai pas hésité à expliquer mes besoins et, pour faciliter les relations professionnelles, à demander une certaine tolérance quand j’insiste pour avoir des informations explicites, quand je parle "sans filtre", etc. Mes collègues m'ont très bien accueillie et se sont adaptés. Mon mémoire de fin d'études a été apprécié. Une fois diplômée, j'ai suggéré à l'entreprise de me créer un poste de sélectionneuse. L'équipe m'a recrutée en CDI et j’ai ainsi concrétisé mon rêve !"

Mon métier : la sélection variétale

"Mon travail consiste à améliorer les plantes qui ont le pouvoir d'accumuler des métaux lourds, grâce à la génétique et les techniques d'agriculture. En participant à la dépollution des sols, avoir un impact sur la planète est gratifiant. Je suis en poste depuis 2 ans et je fais actuellement une demande de RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Cela permettra de formaliser les aménagements qui me sont nécessaires, notamment un casque anti-bruit actif."


Pour aller plus loin

Sur le même sujet